Chronique du concert The World of Hans Zimmer – A New Dimension à l’Accor Arena, le 2 novembre 2026
Il y a aujourd’hui plusieurs façons d’entendre la musique de Hans Zimmer sur scène. Hans Zimmer Live, c’est le show rock et synthétique, avec le compositeur lui-même aux claviers et à la guitare au milieu d’une bande de virtuoses. L’autre c’est The World of Hans Zimmer, un spectacle lancé en 2018 : des suites orchestrales arrangées pour orchestre, chœur et solistes, dont Zimmer assure la curation et la direction musicale. Elle se décline elle-même en deux spectacles, The Immersive Symphony, passé en France au printemps dernier, et A New Dimension, la version arena. C’est celle-ci qui s’arrêtait lundi soir à l’Accor Arena, pour la première d’une série de cinq dates françaises.
Le compositeur apparaît entre les suites dans de courtes vidéos où il raconte une anecdote, éclaire un choix d’écriture ou décrit le programme comme ses propres « fausses notes jouées magnifiquement » par ses musiciens préférés. L’exercice est bien mené : les interventions sont brèves, jamais pédagogiques, et laissent respirer entre deux blocs orchestraux. Le montage est même suffisamment habile pour donner par moments l’illusion que Zimmer dialogue en direct avec son chef d’orchestre, depuis l’écran.
Et ils sont nombreux : soixante-sept musiciens, l’Odesa Orchestra & Friends, le Nairobi Chamber Chorus et une douzaine de solistes, le tout dirigé par Matt Dunkley. Orchestrateur et arrangeur nommé plusieurs fois aux Grammy, plus de deux cents films au compteur, Dunkley travaille avec Zimmer depuis Pirates des Caraïbes, Inception ou No Time to Die.
C’est peut-être là que le spectacle se distingue vraiment : personne ne reste dans l’ombre. Dunkley présente chacun de ses solistes avant son morceau, les fait avancer sur le devant de la scène, attend que la salle les applaudisse, et termine la soirée en projetant une diapositive nominative pour chaque musicien, chanteur et choriste, réseaux sociaux à l’appui.
La première partie démarre sur Man of Steel, lancé par quelques notes de guitare électrique avant que les cordes ne s’en emparent, puis bascule dans la nostalgie avec une relecture jazzy du thème de Driving Miss Daisy. Suivent The Rock, considérablement assombri par l’apport du chœur, et une suite Pearl Harbor dominée par la soprano Gan-ya Ben-gur Akselrod, dont le « Tennessee » constitue l’un des grands moments du concert. The Dark Knight Rises prend un tour très rock sous la guitare d’Amir John Haddad, avant une relecture au violoncelle du No Time to Die de Billie Eilish par le Français Timothée Berte-Renou. Reste l’incontournable bloc Gladiator, cinq mouvements confiés à Carla Chamoun, attendue au tournant sur un répertoire marqué à jamais par la voix de Lisa Gerrard, et qui s’en sort avec les honneurs. Interstellar referme la partie, et c’est l’orgue qui emporte tout : Zimmer avait écrit la partition pour un grand orgue d’église, et sur « No Time for Caution » l’instrument monte jusqu’à un crescendo qui fait littéralement vibrer Bercy. Un final de première partie à couper le souffle.
La seconde partie est la plus généreuse. Après Wonder Woman 1984 et son final de guitare électrique, la suite Kung Fu Panda offre le moment le plus inattendu de la soirée : Saulius Petreikis aux flûtes de bambou, Berte-Renou passé au shamisen, et une démonstration de percussions à trois signée Luis Ribeiro, Olivia Martin (seconde Française du scène) et Lucy Landymore. Sherlock Holmes appartient entièrement à la violoniste Maya Levy, Dune – Part Two est introduit à la basse par Dave Marks avant que Petreikis ne fasse entendre le duduk arménien.
Vient ensuite la séquence la plus forte du programme. La suite du Prince d’Égypte ressort « Chariot Race », rarissime en concert, et un « Burning Bush » porté par Akselrod que Chamoun rejoint pour le final à deux voix. Changement de continent avec « Mother Africa », tiré de The Power of One, puis Le Roi Lion.
Le point d’orgue émotionnel arrive avec « Time », la pièce la plus célèbre de Zimmer : une vidéo du compositeur au piano est projetée tandis que l’orchestre l’accompagne en direct. Faire tenir un ensemble de soixante-sept musiciens sur une image enregistrée n’a rien d’évident, et la synchronisation est impeccable. Le rappel Pirates des Caraïbes, tous musiciens réunis sur scène, referme la soirée en beauté.
On ressort convaincu qu’un concert peut tenir la distance sans tête d’affiche, à condition d’aligner ce niveau de solistes et un chef qui accepte de leur laisser la lumière. Le pari était loin d’être gagné : remplir une arène de quinze mille places avec de la musique de film jouée par des interprètes dont le grand public ignore les noms en entrant dans la salle. Et débarrassées des images qu’elles accompagnaient, les partitions de Zimmer tiennent debout toutes seules.
Chronique : Thorsten Wollek

