Interview Chris White (Dire Straits Experience) no comments

Chris White est le saxophoniste de Dire Straits Experience. Membre de Dire Straits de 1985 à 1992, il fait aujourd’hui revivre la musique du groupe sur scène. Avant leur passage au Zénith de Paris le 7 décembre, on lui a posé quelques questions sur son parcours.

Avant de parler de Dire Straits et de Dire Straits Experience, j’ai écouté une interview où tu disais avoir travaillé avec Michel Berger et France Gall, au début des années 80. Quels souvenirs en gardes-tu ?

Chris White : Incroyable ! Je travaillais surtout avec France. On a donné une série de concerts au Zénith de Paris pendant un mois en 1984, puis nous sommes partis en tournée en France. J’ai également fait quelques enregistrements avec Michel. C’était une étape importante, car c’était la première fois que je me produisais en tant que saxophoniste soliste dans un groupe. Michel et France étaient des gens absolument adorables et très généreux.

Tu rejoins la tournée « Brothers in Arms » de Dire Straits en 1985, alors que le groupe était déjà connu. Qu’est-ce que ça t’a fait, il y a plus de 40 ans ?

Je travaillais déjà avec Mark Knopfler sur d’autres projets un an avant. Il m’a demandé si je pouvais participer à l’enregistrement de l’album « Brothers in Arms », mais à l’époque j’étais déjà engagé sur un autre projet.

J’ai rejoint le groupe en répétition quelques mois avant le lancement de la tournée, tout se passait très bien. Puis l’album est sorti pile quand on a commencé la tournée et a immédiatement rencontré un succès massif. La tournée devait durer sept mois. En raison de ce succès, on est partis sur les routes dans le monde entier pendant environ 14 mois. Ça a été une surprise pour tout le monde. Bien que le groupe ait déjà eu du succès à ce stade, cet album et la tournée qui a suivi ont vraiment changé la donne. C’était une période phénoménale, tout le monde s’entendait bien dans le groupe, ce qui n’est pas toujours le cas sur une longue tournée.

Tu es monté sur scène à Londres lors du Live Aid en 1985 avec Dire Straits devant des millions de téléspectateurs. Comment as-tu vécu cette expérience ?

On se trouvait à Londres à ce moment-là, puisque le groupe se produisait juste en face du stade à la Wembley Arena pour une série de concerts. Nous sommes donc arrivés tôt. L’atmosphère y était incroyable. Pour l’anecdote, je suis d’ailleurs tombé sur France et Michel backstage ce jour-là. Ça a été vraiment une journée très spéciale, car il s’agissait du premier événement musical de ce type. C’était bien plus que de la musique, étant donné le contexte caritatif. Une fois sur scène, on s’est lancés et on a fait de notre mieux.

Parlons de Dire Straits Experience. Comment définirais-tu ce projet, étant donné que tu fais partie du groupe ? Un tribute, une reformation, un projet « héritage » ?

Je parlerais plutôt d’une célébration de la musique de Dire Straits. Il s’agit d’un groupe à part entière, avec des musiciens que je respecte énormément. Je ne le considère pas comme un tribute, étant donné que j’ai interprété ces morceaux sur scène avec Dire Straits. Il ne s’agit pas de reproduire ces titres à l’identique tels qu’ils ont été joués par Dire Straits. Il faut savoir qu’à l’époque, nous ne jouions pas les titres exactement de la même manière concert après concert. C’est cela qui garde la musique vivante tant pour les musiciens que pour le public. Et c’est ce qu’on fait aussi. On n’essaie pas de copier, ni de se faire passer pour Dire Straits. On n’est pas Dire Straits. De toute façon Dire Straits n’existe pas sans Mark Knopfler et John Illsley (bassiste depuis les débuts en 1977, jusqu’à la séparation du groupe en 1995). On aime cette musique et on aime la jouer.

Comment ce projet est-il né ?

À la base, il ne s’agissait que d’un événement unique dans le cadre d’un concert caritatif en 2011. On m’a demandé de monter un groupe pour jouer des chansons de Dire Straits au Royal Albert Hall à Londres. Ça s’est très bien passé. Par la suite, des tourneurs m’ont appelé pour me demander si j’étais prêt à renouveler l’expérience. Ce qui ne devait durer que le temps d’une soirée s’est transformé en une tournée mondiale. J’ai toujours un peu de mal à le croire.

Tu disais que vous ne jouiez pas exactement la même chose, même quand tu jouais avec Mark. Était-il exigeant sur les arrangements et tes parties de saxophone ?

Je vais te donner l’exemple de « Romeo and Juliet ». On était en répétition en 1984. Mark s’est arrêté de chanter, et le groupe a continué à jouer. Je me suis dit que j’allais tenter ma chance : j’ai pris mon saxo et je me suis mis à jouer. Mark m’a regardé, mais j’ai continué, parce que ce n’était qu’une répétition. Quand on est arrivés à la fin, il a simplement dit : « OK, on le fait, on garde ça. » C’était ça, avec Mark. Il savait exactement ce qu’il voulait pour certaines choses, notamment à quel endroit il voulait placer le saxophone. Pour d’autres, j’étais très libre de proposer des choses. Il était très ouvert à mes suggestions.

Parlons de la setlist, qui va du tout premier album avec « Down to the Waterline », jusqu’à « On Every Street », le morceau titre sorti en 1991. C’était important pour toi de représenter toutes les époques ?

J’aime des morceaux de toutes les périodes, et oui, c’est très important pour nous. L’objectif est de donner la possibilité aux personnes qui n’ont pas eu la chance de voir Dire Straits sur scène à l’époque de vivre cette expérience. J’aime également revenir à l’époque à laquelle Dire Straits jouait encore sous forme de quatuor. Et puis, il y a des morceaux que les gens s’attendent à entendre, « Brothers in Arms », ou encore « Walk of Life ».

La setlist inclut également des morceaux plus rares, notamment « Two Young Lovers » ou « Iron Hand ». Pourquoi ces choix ?

Ce sont de super morceaux. Certains spectateurs viennent nous voir après les concerts et nous disent : « Je ne m’attendais pas à entendre ce morceau, c’est fantastique que vous l’ayez joué. ». Cela justifie largement le fait de les inclure dans la setlist.

J’aime beaucoup que vous entamiez vos concerts par « Money for Nothing » sur cette tournée. Qu’est-ce que ça fait d’ouvrir avec ce morceau ? Quel démarrage !

Historiquement, ce morceau a davantage été joué dans les rappels. C’est exactement ce qu’aurait tenté Mark à l’époque, pour tester autre chose. Ainsi, le public ne s’y attend pas. Ça changera peut-être encore l’année prochaine.

Quels morceaux sont les plus exigeants techniquement à jouer, soir après soir ?

Il y a de longs morceaux, assez complexes. « Telegraph Road », par exemple. Quand elle est sortie, elle faisait 14 minutes ou quelque chose comme ça. J’ai entendu dire que la maison de disques avait dit : « C’est trop long. » Et le manager a répondu : « C’est à vous de décider. » Le single a très bien marché. Il faut bien que quelqu’un fasse bouger les choses à un moment, et Mark et le groupe l’ont fait à l’époque. C’était super.

Dernière question sur la setlist : y a-t-il des morceaux que vous aimeriez jouer en live et que vous n’avez pas encore intégrés ?

Oui, il y en a un certain nombre. On a des dates prévues pour 2027. Il y a donc des chances que certains d’entre eux fassent leur apparition.

Un mot sur la dernière tournée de Dire Straits en 1992. Quand le groupe s’est séparé, est-ce que tu sentais que c’était la fin ?

Il était déjà clair que Mark avait envie de faire d’autres choses, d’expérimenter d’autres choses. Il travaillait avec des gars de Nashville. Non, je ne pense pas que quelqu’un savait que le groupe allait s’arrêter. Mais c’était clair que Mark avait besoin de faire autre chose. C’est normal, ça fait partie de l’acte de création : explorer d’autres domaines, d’autres musiques. Je trouve que c’était parfaitement normal et juste que Mark veuille le faire. Je respecte Mark pour cette décision et suis fier de tout le travail qu’on a accompli. C’était super. Mais les choses changent, et c’est très bien comme ça.

Est-ce que tu as d’autres projets musicaux en parallèle ? Je serais curieux de savoir ce que tu fais comme musicien en dehors de la tournée de Dire Straits Experience.

La réponse est non. Je passe la majeure partie de mon temps à manager Dire Straits Experience. Je passe beaucoup de temps sur mon ordinateur et à parler à des promoteurs dans le monde entier. Du coup, je n’ai pas vraiment le temps pour autre chose en ce moment. Mais je joue sur scène avec le groupe tous les soirs, et j’adore ça. Peut-être qu’à un moment, ce serait sympa de faire autre chose, mais pour l’instant, je prends vraiment du plaisir dans ce qu’on fait.

Tu as dit avoir beaucoup joué à Paris, mais aussi en France. Tu as de bons souvenirs de tes concerts ici ? Tu as connu beaucoup de publics dans le monde : comment décrirais-tu le public français ?

Il y a beaucoup plus de jeunes qui viennent aux concerts, c’est incroyable. J’ai hâte de venir en France : partout où on joue, on nous réserve un super accueil. C’est l’un de mes endroits préférés pour tourner. Je suis venu en France avec Dire Straits et on a joué dans toutes sortes d’endroits. Merci au public français de nous soutenir et de venir aux concerts, parce qu’on ne pourrait pas le faire si les gens ne venaient pas.

Merci beaucoup Chris, j’apprécie vraiment. J’ai hâte de te voir le 7 décembre au Zénith, à Paris.

Propos recueillis par Thorsten Wollek

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