Interview : Elliott Murphy se raconte

L’actualité est chargée pour Elliott Murphy ! Il est de retour avec un nouvel album, The Middle Kingdom qui met en musique des poèmes, et vient de publier son autobiographie qui reprend le titre de son album paru en 1977,  Just A Story From America. L’ouvrage est une très bonne entrée en matière pour découvrir le parcours hors norme du rockeur qui a posé ses valises à Paris il y a 30 ans.

Comment as-tu vécu les derniers mois ?

Elliott Murphy : Malgré le contexte lié à la pandémie, les neuf derniers mois ont été très intenses. En revanche, je n’ai jamais donné aussi peu de concerts sur une année. Mais j’essaie tout de même de rester en contact avec mes fans. Les sessions données pendant les confinements m’ont permis de garder des liens avec eux. Comme je dis souvent, mes fans sont ce que j’ai de plus précieux après ma famille.

Comment gères-tu le fait de ne pas pouvoir partir en tournée ?

Elliott Murphy : La vie sur les routes fait partie de mon existence depuis que j’ai 22 ans. La situation est donc d’autant plus insupportable. L’énergie que me procure le public me manque terriblement. J’ai pu me produire à deux reprises en France, en octobre. C’est à cette occasion que j’ai réalisé à quel point c’était important pour moi.

Qu’est ce qui t’a poussé à écrire tes mémoires ? A quel moment as-tu senti que le moment était propice ?

Elliott Murphy : Je ne suis plus très jeune. Ma mémoire ne me fait pas encore défaut (rires). Aussi, j’avais rédigé une partie de mon histoire en vue de la faire paraitre dans un magazine américain. Ça m’a encouragé à écrire un livre complet.

Ton ami Bruce Springsteen a publié ses propres mémoires en 2016…

Elliott Murphy : Plusieurs musiciens de mon époque ont publié leurs mémoires ces dernières années, parmi eux Bruce, Keith Richards et Patti Smith. J’ai donc pensé que le moment était bien choisi et que le public était friand de découvrir les anecdotes et souvenirs des artistes de ma génération. Pour être honnête avec toi, j’étais bloqué à un moment donné car je ne savais pas comment m’y prendre pour entamer l’écriture de mes mémoires sans générer d’ennui à leur lecture. Je me suis tourné vers mon ami Bruce qui m’a conseillé de décrire les moments les plus marquants de ma vie, qu’ils soient personnels ou en lien avec la musique. Cela m’a fortement inspiré pour finaliser l’écriture.

Quel était l’idée phare lors de l’écriture de tes mémoires ?

Elliott Murphy : Mon vœu le plus cher, c’est que des personnes qui ne me connaissent pas ou qui ne sont pas familières avec le milieu du rock’n’roll apprécient mon livre. Il semble d’ailleurs que ce soit le cas. J’en suis très fier.

Tu n’es pas adepte du terme de carrière quand on parle de ton parcours…

Elliott Murphy : Pour la simple et bonne raison que la musique fait partie de ma vie depuis que j’ai 22 ans. Il est difficile de la dissocier de ma vie.

Tu écris que le succès se mesure à la survie dans le business de la musique. Et tu as survécu !

Elliott Murphy : La musique fait partie de moi depuis ma jeunesse. A la mort de mon père, alors que je n’avais que 16 ans, c’est notamment grâce à la musique que j’ai pu tenir. Aussi, elle m’a aidé à ne pas sombrer trop fortement dans les drogues et l’alcool. Alors que je vivais des moments difficiles à une époque, je pense avoir écrit parmi mes meilleures chansons à ce moment-là. Le succès se mesure à la longévité dans le milieu du rock business !

La réponse donnée par ton fils les jours où tes échecs et opportunités ratées viennent te narguer est l’un des moments les plus émouvants dans ton livre…

Elliott Murphy : Dans ces moments de doute, il me rappelle que je fais partie de ces 10% de musiciens qui arrivent encore à vivre de la musique, ce qui inclut des artistes comme les Rolling Stones et Madonna. C’est une vraie chance de pouvoir vivre de sa passion. Il m’arrive de voyager de longues heures pour un concert. Mais es deux heures que je passe sur scène en valent la peine !

Tu as publié un roman Marty May par le passé, un ouvrage qui semble avoir quelques points en commun avec ta vie…

Elliott Murphy : J’ai commencé à écrire des histoires courtes en 1980 en vue de les publier dans le magazine Rolling Stone aux Etats-Unis. C’est Jan Wenner, cofondateur du magazine, qui m’a conseillé de les publier dans un même ouvrage. J’ai eu beaucoup de mal à trouver un éditeur. Finalement Gallimard s’est montré intéressé et en a publié l’intégralité en 2013. Pour revenir à ta question, on m’a souvent demandé si ce livre était autobiographique. Il s’agit bel et bien d’un personnage fictif. En revanche, cela a contribué à l’idée d’écrire mes mémoires.

Ton nouvel opus The Middle Kingdom vient de voir le jour. Un album d’un genre différent…

Elliott Murphy : Ce projet est né en raison du confinement. J’ai eu l’idée de mettre en musique certains de mes poèmes. J’ai proposé à Olivier Durand, mon partenaire musical, d’en composer la musique à distance puisqu’il habite Le Havre. Je travaille déjà à une suite qui sera plus orchestrale. A terme, je projette de publier plusieurs albums de ce type pour les rassembler sous forme de coffret.

Tu as organisé des sessions depuis chez toi, tous les soirs, tout au long des deux confinements. Quel en a été le point de départ ?

Elliott Murphy : Je n’arrive plus à me souvenir à quel moment j’ai eu l’idée de cette série de concerts. C’était probablement dans le but de continuer à chanter et pratiquer la guitare. Ces sessions m’ont obligé de puiser dans ma discographie afin de ne pas rejouer toujours les mêmes titres. Je n’ai pas compté, mais j’ai dû interpréter près de 200 morceaux. Je l’ai fait autant pour les fans que pour moi-même.

Tu as réédité plusieurs de tes albums parus dans les années 80 en format vinyle. Quel regard portes-tu sur ces albums avec le recul ?

Elliott Murphy : J’ai tendance à me comparer à Orson Welles. Il rencontrait des difficultés pour financer la production de ses films à une époque. J’ai fait face à la même situation car je n’avais plus l’appui de ma maison de disques. En les réécoutant bien plus tard, j’ai été surpris de leur qualité et j’ai donc décidé de les remasteriser et remixer avec l’aide de mon fils Gaspard.

Tu as participé il y a quelques semaines à un concert hommage à John Lennon qui est décédé il y a quarante ans. Quelle a été l’influence des Beatles pour toi ?

Elliott Murphy : Comme beaucoup de personnes de ma génération, la première apparition télévisée des Beatles aux Etats-Unis a été un moment marquant. J’ai eu la chance de rencontrer John à l’époque où il vivait à New York. Je l’ai croisé dans la rue et nous avons échangé quelques mots. Nous devions nous revoir à l’occasion d’un dîner par l’intermédiaire du photographe Bob Gruen, rendu célèbre pour ses photos de John. Mais cela n’a jamais eu lieu en raison du drame survenu.

Propos recueillis par Thorsten Wollek

Posted on by Thorsten in Interview, pop, rock

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