Interview Satan Jokers : Sorti de lenfer

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Interview de Renaud Hantson (Satan Jokers) et Laurent Karila

24 ans que le groupe de metal français Satan Jokers avait disparu de la scène musicale. Le groupe vient de sortir son nouvel album Psychiatric, sorte d’album concept qui traite de maladies mentales. Tombé dans la drogue en 1994 suite au décès de Michel Berger, celui-ci avait découvert les talents de Renaud Hantson à l’occasion de comédies musicales Starmania et La Légende de Jimmy. Nous ne voulions en aucun cas rater cette opportunité de rencontrer le charismatique leader du groupe Renaud Hantson, accompagné de son psy Laurent Karila, responsable des textes et de la production. Il va sans dire que cette rencontre restera unique dans son genre.

Rock’nConcert : Après de tumultueuses années, comment te sens-tu aujourd’hui ? 

Renaud Hantson : Ça va, car je suis sans une période très créative. J’ai un livre qui va paraître fin mars. Je suis également en train d’écrire un album de blues pour le projet Furious Zoo, mon projet rock. J’ai un nouvel album en préparation, dont 16 chansons déjà prêtes. Et là je suis en pleine promo pour Satan Jokers. J’ai l’impression de rattraper le temps. Et puis le fait d’être occupé évite de faire des conneries et de se détruire. Je n’ai pas à me plaindre car beaucoup d’artistes aimeraient être à ma place.

Rock’nConcert : Raconte-nous les raisons de la séparation et reformation de Satan Jokers.

Renaud Hantson : La séparation est survenue en 1985, on n’était encore moins qu’aujourd’hui en France dans une culture hard-rock et metal. J’avais des choses à me prouver et j’ai donc commencé à chanter pour moi-même, c’est à cette époque que j’ai trouvé ma voie et ma voix. J’ai donc composé des chansons adaptées à ma voix et pas seulement pour le groupe. Comme ma texture est du type soul et pop/rock j’ai démarré une carrière solo et ai donc arrêté Satan Jokers après le France Festival. Je ne pensais pas faire plus pour la musique metal à cette époque. La reformation s’est faite en 2009 de manière inattendue. Un organisateur de festival voulait organiser un concert avec Satan Jokers en tête d’affiche. Cela ne s’est jamais réalisé mais a contribué au fait que le groupe ce soit retrouvé.

Rock’nConcert : Quelles ont été les réactions de vos fans ?

Renaud Hantson : Il y a des fans de la première heure, car Satan Jokers a eu du succès à l’époque dans les 80’s. Il est complexe de satisfaire ces fans-là en sachant que Satan Jokers se reforme uniquement sur la base de son créateur. J’ai proposé aux anciens membres de rejoindre Satan Jokers. Stéphane (guitare) a quitté le monde de la musique. Pierre Guiraud (chant) n’a pas accepté. Mais quoi qu’il en soit je n’avais pas l’intention de laisser ma place de vocaliste, alors que je fais ce métier de chanteur en solo depuis plus de 25 ans. Laurent Bernat qui était le co-créateur de ce groupe n’est malheureusement plus de ce monde. Donc Satan Jokers a été reformé au mieux de ce que ça puisse être, notamment avec Pascal Mulot (basse), un ami proche de Laurent. Pascal est une véritable vedette. Michaël Zurita (guitare) est une sorte de Steve Vai à la française. C’est un des meilleures guitaristes du moment et c’est avec lui que je collabore sur tous mes projets, et Aurel Ouzoulias à la batterie, qui lui est un cyborg !

Rock’nConcert : Satan Jokers n’est certainement pas un nom facile à porter pour un groupe.

Renaud Hantson : Cela a énormément porté préjudice. Mais c’est un vrai nom de groupe de hard-rock. Satan Jokers a eu à la fois énormément de détracteurs à l’époque mais aussi des fans très fidèles. C’est une sorte de confrérie. Mais c’est sûr que le nom est difficile à porter. Tout cet aspect diabolique et sataniste ne m’intéresse pas du tout. Aucun des membres du groupe n’est sataniste. Je n’en ai d’ailleurs rien à faire de ces groupes qui égorgent des animaux sur scène.

Rock’nConcert : Comment est née l’idée d’un album concept autour de maladies psychiatriques ?

Laurent Karila : Notre précédent album Addictions, paru en 2011, était déjà porteur d’un concept. Quand il est paru, j’ai dit à Renaud que j’avais une autre idée en tête. Il m’a dit que nous n’avions même pas commencé la promo d’Addictions et que c’était trop tôt. Je m’étais dit qu’il serait intéressant de faire un album sur des maladies mentales. Mais il ne s’agit pas d’un concept dans le sens où l’album raconte une seule et unique histoire, comme c’était le cas sur Addictions. Je voulais le conceptualiser différemment. Il s’agit de mettre en musique une sorte de guide sur les maladies mentales. Finalement Renaud m’a demandé de commencer à bosser dessus. On adore avoir plein d’idées.

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Renaud Hantson : On est sur un marché du disque totalement moribond. Ça va avec mon idée de laisser une trace de mon passage dans la musique en compagnie de celui qui a également été mon psychiatre pour m’aider sur des sujets abordés sur l’album Addictions. Le fait de ne pas devoir m’occuper des textes me décharge énormément. Cela nous permet d’aller créativement plus loin que d’écrire des textes de hard-rock à la con. Même si la musique ne reste pas mainstream, c’est une chance pour nous si, grâce à ces textes, on arrive à attirer un nouveau public. Les sujets abordés sur Psychiatric sont parlant pour tout le monde, dont les Tocs, les accès de panique ou les phobies.

Rock’nConcert : Comment aborder ces sujets sans tomber dans une définition théorique de ces maladies ?

Renaud Hantson : Le génie (rires) !  

Laurent Karila : Une seule personne nous a reproché un aspect technique dans les textes. Entre temps, on s’est rendu compte que les termes utilisés sonnent hyper rock. Renaud, et je ne dis pas cela parce qu’il est là, a le talent de faire sonner des mots comme Tachycardie infernal ou Noradrénaline fatale de manière mélodique.

Renaud Hantson : C’est l’album le plus galère vocalement que j’ai eu à enregistrer car le jargon médical est très complexe. Rythmiquement et mélodiquement, c’était l’album le plus difficile.

Rock’nConcert : Laurent, t’as quand même tenu compte de cela en écrivant tes textes ?

Laurent Karila : Oui, bien sûr.

Renaud Hantson : Il le sait, mais il teste ma résistance (rires).

Laurent Karila: Bien sûr, mais lui faire chanter un titre comme Athymormie Plastique, je trouve cela plus intéressant que toute la vague des années 80 où il était question de « I want to fuck you ».

Rock’nConcert : La musique de Satan Jokers, c’est quoi au final ?

Renaud Hantson : Cela reste une fusion des genres. Les journalistes des années 80, que je trouve très flatteurs, disaient que nous avions inventé la fusion metal. Je trouve cela exagéré, même si très classe de pouvoir sortir cela en interview. Mais cela reste une fusion des genres.

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Rock’nConcert : Laurent es un peu comme le 5ème membre du groupe, non ?

Renaud Hantson : Que les gens le pensent aussi maintenant c’est marrant.  On l’avait dit lors des d’échanges de mails entre nous. Laurent est co-producteur des albums également. C’est important d’avoir quelqu’un à ses côtés qui s’engage avec toi dans un travail de production et d’écriture, et qui permette de pouvoir dépasser ce que nous aurions fait uniquement tous les quatre.

Rock’nConcert : Comment être passé du stade de psy à celui d’ami ?

Renaud Hantson : On a toujours mélangé un peu les deux. Laurent a plus joué le rôle de guide. C’était plus parlant que de suivre une thérapie traditionnelle de laquelle je me serais barré après quelques semaines.

Rock’nConcert : Quels sont les premiers retours pour Psychiatric ?

Renaud Hantson : On est parti pour faire mieux que sur Addictions, qui avait déjà eu beaucoup de succès. Je suis surpris de l’intérêt du public pour un album aussi complexe. Mon but, et je crois que c’est le même pour Laurent et pour les membres du groupe, c’est de laisser une trace dans mon passage dans la musique. Je voudrais aussi que Satan Jokers, ou plus largement le hard-rock, soit écouté par une audience qui reste une niche. Quand t’as des mecs qui te disent qu’ils se sont retrouvés dans les textes ou les mélodies, et que ce ne sont pas des fils du metal, je suis super fier. Ce que je veux prouver, c’est que le hard-rock comporte les plus grands guitaristes et les meilleurs chanteurs. Il faut réellement avoir travaillé son instrument pour jouer cette musique.

Rock’nConcert : Qu’en est-il d’un album opéra rock ?

Renaud Hantson : Laurent ne veut pas que ça s’arrête là. Je pensais mettre Satan Jokers en sommeil et le groupe va d’ailleurs se mettre quelques temps en sommeil. Je veux lutter contre le fait que des groupes émanant des années 80 soient utilisés comme bouche trous donc on jouera là où on estime qu’on fait le même travail que des anglo-saxons. Quand on a une dream team à la française comme au sein de Satan Jokers, cela a un prix. Je pense qu’il est important de faire une pause pour laisser du temps à Laurent pour concevoir le prochain projet qui est un « sex opéra ». Il s’agira d’un opéra rock, le genre fait partie de mes passions.

satan jokers interview a paris

Laurent Karila : Il s’agira de parler de tout ce qui a attrait aux addictions et aux perversions sexuelles avec une vraie histoire, un vrai fil conducteur et quelques chanteurs du hard-rock francophone invités à jouer des personnages.

Rock’nConcert : Renaud, pour terminer, je voudrais rapidement que nous parlions de ta relation avec Michel Berger.

Renaud Hantson : J’étais un peu son chanteur fétiche.  C’est l’une des plus importantes rencontres de ma vie. Il avait compris d’où je venais musicalement. Après Starmania il m’a fait confiance une deuxième fois en me donnant le rôle de James Dean dans La légende de Jimmy. Après sa mort, je suis tombé dans la drogue car je n’avais plus de repères et plus de père spirituel.

Rock’nConcert : Merci à vous deux pour cet entretien.

Photos et propos recueillis par Thorsten Wollek

Posted on by Thorsten in Interview, pop, rock, rock/pop

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