Robert Cray : Nothing but soul

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Interview de Robert Cray

Nous avons eu l’honneur de rencontrer Robert Cray à quelques jours de la sortie de son nouvel album In My Soul. Après deux dates au New Morning et au Trabendo en 2013, Robert Cray était également de retour sur la scène de la Cigale pour fêter quarante de carrière. Communément défini comme un guitariste de blues, Robert Cray surprend en rendant hommage à la musique soul sur son nouvel album. Avec cinq Grammy Awards, quinze nominations et des millions d´albums vendus, Robert Cray a répondu à nos questions avec une gentillesse peu commune.

Tu as marqué un retour remarquable avec ton précédent album Nothin’ But Love en France, alors que le public français semblait avoir porté moins d’attention à ta carrière ces dernières années. Comment expliques-tu cela ?

Robert Cray : Le fait que mon label soit basé en Europe à Amsterdam y a certainement contribué. Leur volonté a été de redoubler d’efforts dans la promotion de mes albums en Europe, et plus particulièrement en France.

La France est assez méconnue en matière de blues. Pourtant on a une communauté de fans de blues très importante.

Robert Cray : Oui, c’est juste. Je me souviens avoir donné de nombreux concerts en France dans les années 80. Malheureusement, il y a eu une période creuse. Avec l’album Nothin’ But Love la situation semble de nouveau avoir changé. C’était génial de jouer à Paris deux soirs de suite l’année dernière.

Le Robert Cray band fête ses 40 ans d’existence. Ça semble beaucoup comparé à la carrière des Beatles qui a duré moins de 10 ans.

Robert Cray : Quand nous avons démarré le groupe, l’unique objectif était de décrocher des dates de concerts dans des clubs. Le reste s’est produit au fur et à mesure. On ne s’est jamais préoccupé de l’avenir du groupe. Aujourd’hui la situation est différente car tout est prévu à l’avance.

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Seulement un an et demi se sont écoulés entre tes deux derniers albums. Où as-tu trouvé le temps de composer et d’enregistrer l’album In My Soul? 

Robert Cray : A l’inverse de ce qu’on peut penser, l’enregistrement n’a pas été long. Tout le processus ne requiert pas plus de quelques semaines. On ne passe que quelques jours à répéter les nouveaux titres avant leur enregistrement.

Parle-moi un peu de l’album, notamment le fait qu’il soit imprégné du style soul.

Robert Cray : L’idée pour l’album a jaillit grâce au morceau de Bobby « Blue » Bland Deep In My Soul, qui figure sur l’album. Mon producteur Steve Jordan a suggéré de donner le titre In My Soul à l’album. J’ai trouvé que ça collait parfaitement. Mais nous ne savions pas quel type d’album nous allions enregistrer avant de prendre le chemin du studio. Mis à part les deux reprises sur l’album, tous les titres ont été composés par le groupe. Il semble que le groupe ait été sur la même longueur d’ondes, au regard du style soul prédominant sur l’album.

C’est la première fois qu’un de tes albums contient autant de reprises.

Robert Cray : Oui, c’est juste. Steve Jordan en a proposé deux. Aussi, je tenais à rendre hommage à Bobby « Blue » Bland, décédé l’année dernière. Je suis assez fier de dire qu’il a assisté à l’intégralité de l’un de mes concerts il y a quelques années. J’ai également eu la chance de jouer à ses côtés lors de l’ouverture du BB King Blues Museum. C’est l’un de mes héros.

Tes deux derniers albums sont assez différents l’un de l’autre. Je dirais qu’ils se complètent parfaitement.

Robert Cray : Nous ne pensions pas au précédent album en prenant le chemin du studio pour In My Soul. Le fait de changer de producteur y a inévitablement contribué. Steve Jordan avait certainement déjà une idée du fil rouge quand il m’a proposé d’enregistrer les deux reprises.

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Pillow est un inédit. Au regard de la qualité de ce titre, je ne comprends pas pourquoi il n’a pas eu sa place sur l’album.

Robert Cray : D’autres ont dit la même chose (rires). Aujourd’hui, on ne se soucie plus de l’ordre d’apparition des chansons dans le but d’une écoute complète d’un album. Les gens achètent des titres sur Internet. Steve et moi le faisons à l’ancienne. Et donc si Pillow n’a pas eu sa place sur l’album, c’est qu’elle ne correspondait pas au concept que nous souhaitions véhiculer.

In My Soul rend hommage à la musique soul. A quel point ce style t’as-t-il influencé ?

Robert Cray : J’ai grandi avec ce style de musique. Mes parents avaient une grande collections de vinyles, dont de nombreux albums de soul, comme Sam Cool, Bobby « Blue » Bland et Ray Charles. Quand on a démarré le Robert Cray Band, on jouait du blues, mais on reprenait également des morceaux de style soul, appelé également Stax Music (du nom du label). Aussi, pour l’enregistrement et la tournée de l’album Strong Persuader, nous avons fait appel aux Memphis Horns (ils ont joué sur de nombreux albums de Stax Records). Le groupe est fan de la musique soul depuis ses débuts.  

Tu es l’un des rares artistes à jouer du blues et de la soul music à la fois. A quel point ces deux styles se ressemblent-ils ?

Robert Cray : Pour moi, c’est la même chose. Ces deux styles sont nés à Memphis. C’est là que Stax Records, Hi Records et Sun Studios ont vu le jour. Howlin’ Wolf a enregistré dans ce dernier. C’est à la frontière du Delta. C’est le lieu de naissance du rock, de la soul et du blues. C’est un vrai melting-pot. C’est ainsi que je décrirais notre style.

J’ai été surpris lors de la prise en main de ton nouvel album. La pochette est particulièrement bien réussie !

Robert Cray : La jeune génération commence à racheter des vinyles afin de retrouver la même sensation que celle que j’avais en achetant mes disques. La maison de disques a approuvé le concept de la prochette et a joué le jeu. Je l’en remercie d’ailleurs. L’album a même été enregistré au format Mono.  La couleur de la pochette colle parfaitement au style de l’album.

C’est une couleur soul.

Rires

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Après avoir travaillé avec Kevin Shirley, tu as décidé de retravailler avec Steve Jordan sur In My Soul. Pourquoi ce changement ?

Robert Cray : Steve Jordan est comme le 5ème membre du groupe. Il participe activement à l’enregistrement en jouant des percussions. Il a des vrais dons d’organisation. C’est un tout autre feeling que de travailler avec Kevin Shirley. Ce sont deux concepts totalement différents, notamment en ce qui concerne le son. Steve travaille de façon vintage, ce qui colle parfaitement au concept de l’album In My Soul.

Ne m’en veux pas, mais il me semble que la guitare sur le morceau instrumental Hip Tight Onions n’est pas bien accordée.

Robert Cray : Tu as parfaitement raison ! Pour la petite histoire, c’est le premier morceau que nous avons enregistré. Steve a voulu que nous le jouions à plusieurs reprises afin de trouver le bon tempo. A un moment, Steve a voulu l’enregistrer. Comme nous venions de commencer la séance, je n’avais pas encore mon casque sur la tête. Les enceintes étaient dans une autre pièce. Je n’entendais donc pas que ma guitare était mal accordée. Steve a trouvé que cette prise était la bonne. Je lui ai dit : Steve, il est impossible de garder cette prise car ma guitare est mal accordée. Il a répondu que nous n’arriverions pas à faire une meilleure prise. Après plusieurs tentatives, j’ai dû reconnaitre qu’il avait parfaitement raison. Notre première prise se trouve donc sur l’album.

Propos recueillis par Thorsten Wollek

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Posted on by Thorsten in Interview

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