Interview de Roine Stolt (The Flower Kings)

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Né sous l’influence de groupes comme Yes et Genesis, The Flower Kings fait actuellement partie des principaux acteurs du rock progressif. Le groupe suédois vient de sortir son quinzième album Desolation Rose, musicalement dans la lignée de ses prédécesseurs. Le créateur et leader du groupe Roine Solt, qui officie également au sein du supergroup Transaltlantic, nous a dévoilé les secrets de sa réalisation. Vous le constaterez à la lecture de l’interview, Roine Stolt se pose de nombreuses questions sur le monde actuel, ce qui n’a pas été sans conséquences sur le son de l’album.Quatre années se sont écoulées entre The Sum Of No Evil (2007) et Banks Of Eden (2012). Desolation Rose sort à peine un peu plus d’un an après le précédent album. Pourquoi avoir laissé un laps de temps aussi court entre ces deux albums ?

Roine Stolt : C’est probablement la question à laquelle je réponds le plus fréquemment en ce moment. Elle me fait sourire à chaque fois car, si ça ne tenait qu’à moi, je ferais un album tous les ans. C’est d’ailleurs ce que nous faisions auparavant. Nous avons décidé de faire une pause en 2007. Mais à chacune de nos retrouvailles, il nous semble logique de démarrer l’écriture d’un nouvel album et de partir en tournée. Un peu plus d’un an s’est écoulé entre la sortie de Desolation Rose et Banks Of Eden. C’est un rythme qui nous convient parfaitement. C’est grâce à ça que nous gagnons notre vie !

C’est très court pour la composition !

Roine Stolt : Le rythme d’écriture dépend de plusieurs critères et notamment du nombre de personnes y participant. Cela dépend également de l’inspiration et de la rapidité d’écriture de chacun. Je suis le principal compositeur au sein de Flower Kings et je n’ai jamais eu de problèmes de composition. Après, c’est à toi de juger si la musique est de bonne qualité ou pas (rires).  Il faut savoir que nous ne publions pas tout ce que nous composons. Autrement, nous nous retrouverions avec un triple ou un quadruple album. Les personnes qui n’aiment pas nos nouvelles compositions prétendront que nous publions tout ce que nous composons. Mais ce n’est pas le cas. Je fais une sélection sévère au préalable. Tout ce que je peux dire, c’est que Flower Kings n’est pas un groupe en mal d’inspiration et que nous croulons sous les idées.

Explique-nous un peu la façon dont vous avez procédé en studio.

Roine Stolt : Nous sommes entrés en studio avec de très nombreuses idées, mais non abouties. On a rapporté certaines de ces idées chez nous pour revenir en studio avec des démos plus ou moins finalisées. Généralement, les groupes arrivent en studio avec un riff ou une ligne de mélodie. Après, ils essaient d’assembler tout cela. C’est ce que nous avons fait. En entrant au studio, nous n’avions que des idées très vagues sur les mélodies, les structures et les rythmiques. Sur White Tuxedos, Jonas Reingold (basse) nous a présenté un riff et quelques idées pour la partie vocale. Il nous a expliqué ce qu’il avait en tête sous forme d’images. Il voyait des soldats revenir de guerre. C’est la raison pour laquelle nous avons placé un bout de discours de Richard Nixon en introduction disant « Je veux la paix autant que vous ». Nous n’avions donc que peu d’éléments au départ en studio. J’ai ramené la démo chez moi afin d’écrire les paroles. Je finirai en disant que nous avons été très créatifs, très ouverts aux idées et aux expérimentations sur Desolation Rose. Je définirais l’album comme étant le plus expérimental au regard des sons utilisés et de la façon dont il a été produit.

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Tu parlais de l’écriture des paroles. Tu sembles aborder de sérieux sujets sur l’album.

Roine Stolt : J’ai voulu écrire sur des thèmes importants et actuels. Je fais référence aux conflits religieux, les problèmes économiques et politiques, ainsi que des inégalités dans le monde. Certains mangent à leur faim pendant que d’autres meurent.

Y a-t-il la volonté de créer un fil conducteur sur l’album, sans pour autant parler de concept ?

Roine Stolt : Oui, absolument ! Etant seul à l’écriture des paroles, elles reflètent ma vision et la façon dont le monde gère les conflits et inégalités de tout ordre. Je considère que nous sommes privilégiés, notamment en France et en Grande-Bretagne. Les gens ont tendance à dénigrer les problèmes importants et ont tendance à s’apitoyer sur les soucis mineurs. Si je prends l’exemple des problèmes d’environnement, certains nient les problèmes de réchauffement climatique. On a une vision à court terme, alors que les répercussions se feront plus tard à l’autre bout du monde.

A l’écoute de l’album, on remarque un côté sombre et obscur. La musique t’a-t-elle inspiré lors de l’écriture des paroles ?

Roine Stolt : Je pense que oui. La musique t’inspire inévitablement et te donne des idées. Mais je pense que j’avais déjà une idée précise de l’esprit de cet album. Nous aurions pu chanter sur des thèmes hippies comme nous le faisions auparavant. Entre temps, des sujets plus importants nous préoccupent. Nous nous posons des questions pour nos enfants et pour les générations à venir. Mais je ne suis pas une personne négative pour autant. Même si je n’ai pas de réponse à donner aux problèmes abordés, j’espère au moins amener les gens à y réfléchir. On a plus de chance de changer les choses si le plus grand nombre prend conscience de ces sujets. L’un des morceaux, Silent Masses, traite justement du risque que le monde ignore ces problèmes et s’en contente.

Vous avez habitué vos fans à de longs morceaux épiques. Etonnamment, la majeure partie de l’album est composée de titres plus courts. Comment cela se fait-il ?

Roine Stolt : C’est une sorte d’illusion. En studio, nous ne nous posons pas la question de la longueur des morceaux. Quand on a défini l’ordre d’apparition des titres, j’ai vu la totalité de l’album comme un seul et même morceau. A l’écoute, tu te rendras peut-être compte de la récurrence de certains thèmes musicaux et paroles. Je vois donc cet album comme un morceau épique découpé en plusieurs morceaux. Je prends pour exemple The Lamb Lies Down On Broadway de Genesis, qui répond à la même logique. On l’a découpé en plusieurs morceaux afin de permettre leur diffusion à la radio ou de retrouver plus facilement un passage.

Essayez-vous d’arriver à la perfection et d’enregistrer votre meilleur album quand vous entrez en studio ?

Roine Stolt : Il faut savoir que je paye beaucoup d’argent pour la location. On est conscient de l’importance de cette étape. On essaie donc de faire le meilleur travail possible à ce moment-là. Tu peux évidemment relever les imperfections des précédents albums et analyser les raisons, notamment à cause du manque de bonnes chansons ou d’implication de certains membres. Lors de l’enregistrement de The Rainmaker  (2001), notre ancien batteur  n’était déjà plus intéressé par le groupe. Il arrivait en studio sans avoir appris ses partitions. En plus de cela, notre clavier était en plein divorce à ce moment-là. Je me retrouve au milieu de tout cela et j’essaie de faire de mon mieux. Pour diverses raisons, tu ne peux pas enregistrer l’album parfait, mais tu espères tout de même qu’il plaira au plus grand monde. Sur les deux derniers albums, tous les membres du groupe étaient sur la même longueur d’ondes et nous partagions le même enthousiasme. Si nous en avions les moyens, nous passerions trois mois en  studio. On essaie donc de faire notre maximum à chaque album.

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Quels sont tes projets l’année prochaine ?

Roine Stolt : Je pars en tournée avec Transatlantic pendant deux mois. Après une petite pause, je repars en tournée avec les Flower Kings en avril. En 2014, le groupe fêtera ses 20 ans d’existence, puisqu’on a donné notre premier concert le 20 août 1994. Pendant la tournée, nous jouerons de nouveaux morceaux et des titres anciens rarement joués en live. Daniel Gildenlow (Pain Of Salvation), ex-membre des Flower Kings, nous accompagnera en première partie et nous rejoindra certainement sur scène avec ses musiciens sur la fin. Nous pourrions imaginer de reprendre des classiques comme Bohemian Rhapsody ou des morceaux des Beatles. Il s’agit d’une sorte de double tête d’affiche en fait.

Propos recueillis par Thorsten Wollek

Posted on by Thorsten in Interview

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