Interview : Mother’s Finest

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Interview avec Joyce Murdock et Glenn Murdock (Mother’s Finest)

Le groupe Mother’s Finest se fait rare en France depuis de nombreuses années. Leur dernier passage date de 2003 ! La veille de leur concert au New Morning le 27 mars, nous avons profité du passage du groupe à Paris pour poser quelques questions aux deux leaders du groupe, Joyce Murdock et Glenn Murdock. Mother’s Finest vient de publier son nouvel album, Goody 2 Shoes & The Filthy Beast, qui reste fidèle aux origines du groupe, mélangeant tant le rock, funk, hip hop que le metal. Une interview qui s’est déroulé dans la joie et la bonne humeur.

Votre précédent album, Meta-Funk’n Physical, date de 2003. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de sortir Goody 2 Shoes & The Filthy Beast ?

Joyce : Les contrats que nous proposaient les maisons de disques n’étaient pas assez alléchants. Leurs conditions n’étaient pas dignes de la qualité de nos nouvelles compositions. Et puis, nous n‘aurions pas fait beaucoup de gains. Cela n’en valait pas la chandelle. Nous avons travaillé dur toutes ces années pour en arriver là et avons sortis de nombreux albums. D’ailleurs, nous avons été récompensés par le Georgia Music Hall of Fame en 2011 après 40 ans de carrière. Les maisons de disques ne valorisaient pas assez notre parcours. Heureusement que nos fans nous sont restés fidèles ces dernières années, alors que nous n’avons pas sorti d’album pendant 12 ans.

Quelle a été la motivation pour vous lancer dans l’écriture de cet album ?

Joyce : Nous avions envie de satisfaire les anciens fans tout en essayant d’en convaincre de nouveaux. Cela passe inévitablement par la sortie d’un nouvel album. Cela permet de se mettre au gout du jour et de faire parler du groupe dans la presse musicale, ce qui n’est pas arrivé depuis longtemps. Nous pensons que l’album véhicule parfaitement ce qu’est le groupe aujourd’hui.

L’album est-il composé de nouveaux titres ou avez-vous ressorti quelques inédits de vos tiroirs ?

Joyce : Nous avions déjà Tears Of Stone, Cling To The Cross et My Bad avant de nous mettre à travailler sur l’album.

Glenn : La mélodie de Cling To The Cross trottait dans ma tête depuis très longtemps. Il était temps d’en faire une chanson.

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Pouvez-vous en dire plus sur le morceau live qui clôture l’album ? Il n’y a aucune référence à l’année et au lieu où cela a été enregistré.

Joyce : Je vais être honnête, nous non plus (rires) ! Le label nous proposait d’inclure un titre en bonus. Etant donné que notre plus grosse vente est l’un de nos albums live (Live 79), on s’est dit que cela serait plus intéressant d’inclure un enregistrement en live. Le morceau Illusion n’a d’ailleurs jamais été publié officiellement. Tu peux facilement le trouver sur Internet.

J’ai été surpris d’apprendre que le groupe comporte toujours quatre membres de la formation d’origine. C’est assez unique pour un groupe après plus de quarante années d’existence !

C’est la raison pour laquelle notre son n’a pas changé toutes ces années. Nous sommes assez fiers d’être toujours capables de jouer sur scène, même si nous n’avons plus autant d’énergie qu’à l’époque. Le secret réside dans le respect que nous avons de l’autre. C’est quelque chose d’assez rare dans les groupes. Cette chimie dans le groupe favorise la créativité et a des vertus spirituelles pour le groupe. Il y a une très bonne compréhension entre chacun de nous. Si je suis devenu la chanteuse que je suis, c’est grâce à l’ouverture musicale de chacun des musiciens. J’ai pu m’essayer dans des styles aussi différents que le jazz, le gospel…

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Je suis tombé par hasard sur l’un de tes albums solo sur Youtube. Voilà encore autre chose ! Quel regard portes-tu sur ces albums parus dans les années 80 ?

Joyce : A une époque, nous en avions marre que personne ne comprenne notre musique. Nous ne voyions pas l’intérêt de continuer comme ça. J’ai donc démarré une carrière solo afin de rouler sur la vague musicale de l’époque. Cela reste une des périodes les plus sombres de ma vie car cela ne me correspondait pas. Je n’étais pas en phase avec cette musique. Je pense qu’à l’écoute du nouvel album, le public remarquera que je suis heureuse aujourd’hui.

Revenons au nouvel album. On vous l’a certainement déjà fait remarquer, mais le riff de Angels

Joyce : Tu veux parler de la ressemblance avec le morceau Da Ya Think I’m Sexy de Rod Stewart (rires).

Glenn : Et nous qui pensions que personne ne remarquerait (rires). C’est Dion (batterie) qui a écrit ce morceau. On n’a pas fait le rapprochement au départ. Mais je pourrais te citer de nombreux morceaux d’autres groupes reprenant des riffs célèbres dont personne ne s’est rendu compte.

La meilleure façon de se faire un avis du groupe est d’aller vous voir en concert. Vos albums live, sorties à la fin des années 70 restent d’ailleurs largement sous-estimés.

Glenn : Je te donne raison.

Joyce : Ils auraient bien plus de succès en sortant aujourd’hui. Le timing était mal choisi. Il fait dire aussi que nous avons toujours été en avance sur notre temps.

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Dans le passé, vous avez joué en première partie de grands noms de la musique, tous plus différents les uns que les autres, notamment AC/DC, Ted Nugent, Santana, Aerosmith…

Joyce : Et aussi The Commodores et Funkadelic.

Vous mélangez du rock et du funk. Pas facile de s’y retrouver. Pensez-vous que cela ait pu vu pénaliser dans le passé ?

Joyce : Cela à très certainement eu des effets néfastes. Le fait d’avoir deux chanteurs au-devant de la scène et d’être un groupe multiracial n’a pas arrangé les choses. Mais nous avons rapidement construit notre communauté de fans.

Comment réagissait le public ? Prenons l’exemple de la fois ou vous avez ouvert pour AC/DC.

Glenn : Je me souviens que nous avions achevé le public. Plus généralement, nous avons toujours eu de bons échos. A part peut-être la fois ou on a ouvert pour Black Sabbath.

Qu’est-il arrivé ?

Glenn : Leur public est différent de celui de groupe de hard-rock telles qu’Aerosmith et AC/DC. Leur genre musical est du type plus heavy. Il ne faut pas oublier que la quasi-totalité des membres de Mother’s Finest est de couleur noir. Nous avons commencé à jouer alors que la salle était encore plongée dans le noir. Le public était très enthousiaste, jusqu’à ce que les lumières s’allument sur scène. T’aurais dû voir l’expression sur le visage des spectateurs (rires).

Votre dernier concert en France date de 2003. Etes-vous venus souvent jouer en France ?

Nous sommes venus jouer en France à plusieurs reprises. La première fois que nous sommes venus en France, c’était de notre propre gré. Ça s’était bien passé. La deuxième fois c’était en première partie de Ted Nugent. Là, c’était moins bien, car cela ne collait pas avec les goûts de son public. A cette époque notre musique était plus proche du funk que du rock. Une autre fois c’était en première partie de Frankie Beverly. Tout le monde se plaignait du niveau sonore de nos guitares. Ce n’aurait pu être pire. Cette fois-ci c’est la bonne ! L’avantage étant que notre nouvel album est très apprécié.

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Propos recueillis par Thorsten Wollek / Photos : Carsten Wilde (wilde.fr)

 

Posted on by Thorsten in Interview

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