Interview : Within Temptation

Le groupe néerlandais Within Temptation est enfin de retour après une longue absence. Nous avons rencontré Ruud Jolie (guitare) et Martijn Spierenburg (claviers) dans un hôtel situé à quelques minutes du Zénith de Paris où le groupe se produisait le lendemain soir. Leur septième album Resist paraîtra le 1er février prochain. Ce dernier s’éloigne du style métal symphonique que le groupe incarne depuis sa création et mélange le style pop et métal avec des sonorités plus modernes. Cet album marque le début d’une nouvelle ère pour le groupe !

Le groupe s’est octroyé une pause de cinq années d’absence. Pour quelle raison ?

Martin : Les années qui ont précédé la sortie de l’album Hydra (2014) ne nous avaient pas laissé beaucoup de moments de répit. Nous enchaînions les enregistrements en studio et les tournées. Nous étions tous épuisés et avions besoin d’un break. Sharon (chanteuse) était proche d’un burn-out. Nous ressentions donc le besoin de faire autre chose et d’explorer d’autres projets musicaux. Ruud et Sharon ont sorti des albums solo et j’ai commencé à travailler sur l’écriture musicale d’un projet dans le théâtre. Ces projets, très différents de ce que nous faisons au sein de Within Temptation, nous ont permis d’aller puiser l’énergie nécessaire pour aller en studio et repartir en tournée.

Est-il vrai que vous étiez proche de la séparation ?

Ruud : Absolument ! A titre personnel, cette période m’a permis de réaliser que je ne dépendais pas du groupe, tant émotionnellement que financièrement. J’ai réalisé qu’il y avait des choses plus importantes dans ma vie en dehors du groupe. Cela me rassure de savoir que si le groupe cesse d’exister, je pourrai continuer à vivre heureux. On ne sait pas de quoi est fait l’avenir, même si je suis fou de ce groupe. Sachant que l’avenir du groupe était incertain après la sortie de l’album Hydra, nous considérons l’album Resist, ainsi que chaque date de cette tournée, comme du bonus. Nous profitons de chaque instant.

Martin : C’est une question d’équilibre. D’un côté il y a Within Temptation, de l’autre il faut une multitude d’autres choses pour contrebalancer la pression subie par les albums et les tournées qui s’ensuivent.

Quel regard portez-vous sur Hydra avec le recul ?

Ruud : Je l’apprécie énormément. L’album a suscité de vives critiques à sa sortie. Ce sont très certainement les mêmes personnes qui ont critiqué The Unforgiving, probablement parce que nous essayons de repousser les limites à chaque nouvel album. Hydra est très porté par les guitares, à l’inverse de The Resist. Je mets davantage mon jeu de guitare au service de la musique sur Resist. Hydra comporte six solos de guitare, alors que The Resist n’en inclut qu’un. Je n’ai rien à ajouter (rires).

Considérez-vous l’album Resist comme le plus important de votre carrière ?

Martin : L’album marquera très certainement notre carrière, mais je ne suis pas sûr qu’il s’agisse de notre œuvre la plus importante. Certains titres sur Mother Earth (2001) ont été fondamentaux pour permettre au groupe de percer, tout comme c’est le cas avec l’album Silent Force (2004). Sans ces albums, nous n’en serions pas là où nous en sommes aujourd’hui.

Il marque tout de même un tournant dans la direction musicale…

Martin : Cela devient ennuyant à force de jouer le même style de musique. Nous ne sommes pas faits pour jouer le type de musique pendant 20 ans. D’autres groupes le font et l’assument. Ce n’est pas le cas au sein de Within Temptation. Resist marque un chapitre dans cette recherche de nouveaux sons. Autrement, le groupe n’aurait pas continué à exister.

Ruud : Nous ne sommes pas AC/DC. J’aime citer cet exemple, même si j’adore ce groupe plus que tout. Cela fait plus de quarante années qu’ils appliquent la même formule.

Vous avez publié un album de reprises pour le moins étonnant en 2013 ! Vous reprenez des titres d’artistes tels que Imagine Dragons, Bruno Mars et Lana Del Rey. Ce projet a-t-il eu un impact sur ces nouvelles sonorités ?

Ruud : Ces reprises ont très certainement eu un impact sur le travail de composition de Hydra. Mais je n’étais pas très impliqué sur cet album.

Martin : Je trouvais l’approche intéressante de reprendre des morceaux de groupes venant d’univers variés. Cela nous a ouvert les yeux et permis de comprendre que nous pouvions mixer d’autres ingrédients dans notre écriture tout en tout en préservant notre patte sonore et la puissance.

L’album soulève des sujets importants, liés notamment aux libertés individuelles…

Martin : Nous vivons une époque formidable, ce grâce des outils gratuits comme Google. Cela te facilite considérablement la vie et je m’en sers à titre personnel. Mais ces services ne sont pas réellement gratuits, puisqu’en échange de leurs services nous acceptons de leur fournir des informations personnelles. Devons-nous accepter cela ? C’est la question que nous soulevons. Et chacun doit en décider pour soi-même.

Si vous deviez choisir un titre de l’album ?

Martin : Sans hésiter The Reckoning. C’est le titre qui traduit le mieux l’évolution du groupe et la nouvelle ère qui s’ouvre à nous. C’est également le premier extrait single de l’album.

Il manque une partie du groupe dans le clip qui accompagne The Reckoning. Que s’est-il passé ?

Ruud : Martin était en vacances au moment du tournage. Jeroen (bassiste) est tombé malade juste avant.

Vous avez publié sept albums. Est-ce devenu compliqué de choisir les titres pour la scène ?

Martin : Nous élaborons notre setlist dans le but de retenir l’attention du public tout au long du concert. Si nous détectons un moment de baisse d’énergie au cours d’un concert nous y remédions, notamment en modifiant l’ordre de passage des morceaux.

Ruud : Certains de nos titres font partie intégrante de nos setlists, notamment Stand My Ground et Faster. Imagines Iron Maiden ne pas jouer The Trooper !

Vous vous produisez en France depuis vos débuts. Quel est votre rapport avec notre pays ?

Ruud : J’ai un attachement particulier pour la France, car c’est le premier pays dans lequel j’ai tourné avec Within Temptation.

Pour finir, quel est votre meilleur souvenir au sein du groupe ?

Martin : Ce serait le concert à Rotterdam en 2008 avec un orchestre symphonique. Même si on a eu pas mal de soucis pendant ce concert, j’en garde de magnifiques souvenirs. Et bien évidemment, la première tournée du groupe reste un moment clé de ma vie. Je me souviens d’ailleurs de notre concert à la Locomotive en 2001. Nous étions fous de joie de venir jouer en France.

Ruud : En tant que musiciens, nous avons la chance de pouvoir rendre heureux nos fans en échangeant quelques mots ou en dédicaçant nos albums. Je me souviens d’un concert au Brésil au cours duquel un fan m’a jeté son t-shirt depuis la fosse. Il a atterri sur mon épaule, alors que le gars était à plusieurs mètres de moi. Par magie, il a réussi à attraper le médiator que je lui ai lancé en retour. Il s’est mis à pleurer de joie. Tout comme moi, je pense qu’il s’en souviendra toute sa vie.

Propos recueillis par Thorsten Wollek / Photos : Dominik Warlop

Posted on by Thorsten in Interview, metal

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