Interview : Frank Bornemann (Eloy) – Part 2

Frank Bornemann, le leader du groupe d’art rock allemand Eloy, a travaillé deux ans d’arrache-pied pour concevoir The Vision, The Sword and the Pyre Part 2, le deuxième volet de son opéra-rock consacré à Jeanne d’Arc. En couverture de nombreux magazines consacrés au rock en Allemagne, nous sommes fiers d’avoir pu échanger avec lui en détail sur la genèse de cette œuvreUne version scénique est déjà dans les tuyaux ! Ce spectacle musical intitulé La Vision, l’Epée et le Bûcher sera interprété par une troupe française. Des années de recherches sur le personnage de Jeanne d’Arc ont conduit Frank Bornemann à devenir un véritable connaisseur en la matière. On vous recommande chaudement ce touchant voyage au cœur d’un événement historique fascinant !

Comme tu nous l’expliquais lors de notre précédent échange, tu as commencé à t’intéresser au personnage de Jeanne d’Arc au cours d’une visite de la cathédrale de Notre Dame. Comment as-tu réagi à l’incendie ?

Frank Bornemann : Evidemment, j’étais sous le choc. J’ai ressenti beaucoup de peine en voyant ces images. Je crains qu’ils ne prévoient une reconstruction trop moderne. La cathédrale de Reims a été reconstruite à l’identique après sa destruction lors de la deuxième guerre mondiale. Je ferais de même pour Notre-Dame.

Qu’est-ce qui te fascine autant dans le personnage de Jeanne d’Arc ?

Frank Bornemann : La fascination a été immédiate. Le sort de Jeanne d’Arc m’a beaucoup touché, donc j’ai commencé à m’intéresser à l’histoire et au personnage. Je me donc  dans suis plongé corps et âme dans l’histoire et tout voulu avoir à son sujet.

A quel moment est né l’idée pour le projet ?

Frank Bornemann : Tout a démarré par le morceau Jeanne d’Arc sur l’album Destination (1992). Il ne s’agissait que d’un titre à ce stade résumant les faits. L’idée m’est venue à cette époque de lui consacrer un projet de plus grande envergure. Deux ans plus tard, un projet de film a commencé aux Etats-Unis sous la réalisation de Kathryn Bigelow dans lequel la chanteuse Sinead O’Connor devait interpréter Jeanne d’Arc. Suite à des propos de Sinead O’Connor à l’encontre du pape, le projet est tombé à l’eau. J’étais très déçu, car j’étais en lice de m’occuper de la bande originale du film. J’avais même commencé à travailler sur un nouveau morceau portant le titre du film. Ce dernier a finalement atterri sur l’album The Tides Return Forever (1994) sous le nom de Company of Angels. Arrivé  à l’ère des années 2000, on m’a convaincu d’écrire la suite de l’album Ocean (1977), le plus grand succès de Eloy à ce jour. Entre temps, j’ai produit plusieurs groupes, dont Guano Apes et Revolverheld. Venu enfin le moment de m’atteler à la tâche, nous sommes partis en tournée. C’est à cette occasion que tous les membres d’origine de Eloy se sont retrouvés. Cette tournée a été un vrai succès,quand elle s’est terminée j’ai cessé tout autre activité pour enfin pouvoir me consacrer à ce projet qui me tenait tant à cœur. J’ai pris le temps de visiter tous les lieux liés à l’histoire de Jeanne d’Arc. Je me suis également lié d’amitié avec des membres du Centre Jeanne d’Arc à Orléans.

Comment as-tu abordé le projet ?

Frank Bornemann : J’ai voulu faire un projet sans lacunes, à l’inverse des films qui enchaînent les événements et font l’impasse sur certains faits. L’idée d’une version scénique retraçant les faits tels qu’ils se sont produits est arrivée très tôt dans le projet. J’ai fait la connaissance d’une jeune actrice qui s’appelle Jeanne Bombardelli. Elle interprète Jeanne d’Arc tous les ans lors d’un spectacle à Domrémy la Pucelle, le village natal de Jeanne d’Arc. Elle a accepté de jouer son rôle dans le spectacle. L’histoire de Jeanne Bombardelli est extraordinaire : comme Jeanne d’Arc, elle est née à Domrémy et elle fait la même taille. Cela tient du miracle (en français) !

Quelles ont été les difficultés auxquelles tu as fait face pour cette suite ?

Frank Bornemann : Elles sont liées aux faits historiques. Olivier Bouzy, directeur adjoint du Centre Jeanne d’Arc à Orléans, m’a aidé à éclaircir les tenants et aboutissants de certaines questions complexes. Aussi, j’aurais voulu que le projet avance plus vite. Or les musiciens sont éloignés physiquement. Plusieurs d’entre eux ont d’autres activités professionnelles à côté. Klaus-Peter Matziol (bassiste) s’occupe d’une entreprise d’organisation et de promotion de concerts très connue qui se charge d’artistes de grande renommée dont les Rolling Stones, Paul Mc Cartney ou encore Elton John. Aussi, suite à des problèmes digitaux, la sortie de l’album a été décalée d’un mois.

Qu’en est-il au niveau musical ?

Frank Bornemann : J’ai rencontré des difficultés pour les parties parlées. J’avais eu la chance de tomber sur Alice Merton pour l’épisode 1. D’origine canadienne, elle n’avait pas eu de problèmes de prononciation de mots comme « Reims ». Plus globalement, j’ai mis du temps pour les auditions des interprètes, certaines parties étant très difficiles à chanter.

L’histoire de Jeanne d’Arc regorge d’une multitude de détails historiques. Comment as-tu réussi à saisir tous les événements dans leur contexte, et dans leur intégralité ?

Frank Bornemann : Cela été difficile, car je voulais à la fois éviter de trop compresser et mettre en musique tous les faits marquants de son histoire. Aussi, pour offrir à l’auditeur l’opportunité de vivre au plus près tous les détails de l’histoire, je rentre dans la peau de Jean de Metz, fidèle compagnon d’armes et confident de Jeanne d’Arc. Il était à ses côtés du début à la fin, de Vaucouleurs à sa fin tragique à Rouen. Le fait de ne m’appuyer que sur des faits historiques ne laisse aucune place à une interprétation personnelle des événements. La version scénique sera complétée par des dialogues exprimés par les acteurs, tandis que la musique restera l’apanage d’un ensemble instrumental. Je prévois également de rajouter des intermèdes musicaux qui me permettront de rajouter quelques belles envolées à la guitare dans le style de Eclipse Of Mankind et The Bells Of Notre Dame.

Etonnamment l’album ne finit pas sur l’épisode du bûcher.

Frank Bornemann : En effet, je voulais impérativement que le spectacle finisse sur une note positive. Pour que l’œuvre ne s’achève pas sur l’épisode du bûcher, j’ai composé le morceau Eternity, un texte parlé mis en musique. Il me donne des frissons à chaque écoute. Ce titre me permet d’achever positivement le récit pourtant tragique. Le fond musical est répétitif et rappelle quelque peu l’ambiance du titre Riders On The Storm (The Doors).

Tu as lu de nombreux ouvrages tout au long des années. Lequel parmi eux recommanderais-tu ?

Frank Bornemann : L’ouvrage le plus connu et que je recommande est Jeanne d’Arc par Régine Pernoud écrit dans les années 1960. Quand on me demande quel livre il faut lire pour découvrir Jeanne d’Arc, c’est celui que je conseille en première lecture. Je ne sais pas si l’ouvrage a été réédité. Elle a d’ailleurs écrit d’innombrables ouvrages sur le sujet. J’ai eu la chance faire sa connaissance avant sa mort en 1998.

Propos recueillis par Thorsten Wollek

Posted on by Thorsten in Interview

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