Rencontre avec Kristina Bazan

Mannequin (égérie l’Oréal, Yves Saint Laurent), blogueuse, influenceuse et … chanteuse. Kristina Bazan est tout cela à la fois. Agée de 25 ans seulement, la jeune artiste vient de publier son premier EP « EPHV1 : Honey and Venom 1 », dont est tiré le récent single VR. Les six titres présentent une musique pop sensuelle, apaisante, mystérieuse et cinématographique. Une découverte musicale que nous souhaitions partager à tout prix et dont « Iron Veins » est, selon nous, le meilleur morceau. Nous avons pu nous entretenir avec Kristina Bazan dans les locaux de son label E.47 Records au cœur de Paris, quelques jours avant la sortie de son EP.

Que ressens-tu à quelques jours de la sortie de ton premier EP ?

J’avoue être assez nerveuse, car c’est la concrétisation d’un long cheminement. Cela fait plusieurs années que je travaille à ce projet musical. Ce qui m’émeut le plus, c’est que je ne pensais jamais arriver à me lancer dans la musique. Il s’agissait d’un rêve inatteignable. Je suis donc heureuse que la vie m’ait mise sur cette voie. Une fois que l’EP aura vu le jour, cela m’enlèvera un poids des épaules. Il faut savoir que je vis avec ces chansons depuis très longtemps. J’ai donc hâte que les gens puissent les découvrir, se les approprier et construire leurs propres souvenirs et expériences dessus.

D’où vient cette envie de faire de la musique ?

J’ai toujours rêvé faire de la musique. J’ai commencé à pratiquer le piano à l’âge de 13 ans et me suis rapidement mise à l’écriture de mes premières chansons. Mais à ce stade, il s’agissait plus d’un hobby.

Revenons rapidement sur ton parcours. Comment es-tu devenue blogueuse ?

Etant plutôt introvertie, je passais beaucoup de temps sur Internet. Mon père étant informaticien, j’ai eu l’idée de créer mon propre site. Je me suis servie de cette plateforme pour mêler mes deux passions, que sont la mode et l’écriture. De manière assez inattendue, le blog a commencé à être populaire. Je ne pensais pas que ça allait pouvoir m’ouvrir des opportunités professionnelles. C’est fabuleux d’avoir cette liberté d’expression et de pouvoir en vivre. Mais tout au long de ces années, je sentais que je reviendrai un jour à la musique.

Pourquoi sortir un EP et non pas un album complet ?

J’ai besoin de me faire connaître et de me constituer un public dans un premier temps. Ce changement de cap dans la musique n’est pas évident pour tout le monde. L’EP est une sorte d’introduction et regroupe tous les ingrédients que comprendra l’album.

Le titre Iron Veins sort vraiment du lot. Que peux-tu nous dire au sujet de cette chanson ?

Iron Veins est également l’un de mes titres préférés. C’est le morceau le plus expérimental. Il aborde la technologie et décrit la situation dans laquelle on se trouve et vers quoi on se dirige. J’ai eu l’idée de ce morceau à la lecture de Homo Deus : une brève histoire du futur de Yuval Noah Harari, un livre qui explique ce vers quoi l’on se dirige. Je souhaitais que l’EP aborde notre rapport à la technologie. Ce titre questionne le futur de l’humanité et intègre un côté cinématographique et poétique.

Ton projet musical s’inspire fortement du cinéma. Pourquoi ?

Je voulais teinter ma musique de références cinématographiques pour tenter quelque-chose de nouveau et de différent. A mes yeux, cet EP est presque un film de science-fiction. Les visuels reflètent cet univers, inspiré par des films de Stanley Kubrick et de David Lynch. L’introduction de Iron Veins est d’ailleurs très cinématographique. J’espère de tout cœur que les gens qui écouteront l’EP pourront le voir  comme un film en fermant les yeux.

Tu as l’habitude de t’exprimer au travers de ton blog. En quoi est-ce différent de le faire au travers de paroles ?

C’est très différent. Il y a moins de place pour dire les choses dans la musique. Comme tu as pu le voir, j’écris des pavés sur mon blog (rires). Mais dans la musique il faut synthétiser son message et faire passer une idée de manière très brève. Ce qui implique de trouver une thématique simple à comprendre et développée avec profondeur. J’essaye de parler de sujets intéressants tout en gardant de la légèreté et de la fraîcheur.

L’univers virtuel, un sujet qui te concerne directement. De quelle manière cette expérience de blogueuse influence-t-elle ton projet musical ?

C’est drôle car au moment où je travaillais sur la conceptualisation et le développement artistique de l’album, je me demandais comment apporter quelque-chose de différent. On assiste à une surabondance de contenus musicaux. Je me suis demandée ce qui me différencie et quelle histoire je pourrais raconter. J’ai vécu une expérience assez étrange et absurde au travers du blog. Je suis devenue cette espèce de figure presque virtuelle. Les gens ont tendance à oublier qu’il se cache une vraie personne derrière un blog. Pendant longtemps, j’ai eu l’impression d’être esclave des réseaux sociaux, dans le sens où mon audience avait une emprise sur moi, comme si je leur appartenais. Cela donne l’impression d’être déshumanisée. Je voulais donc aborder cela et me laisser prendre au jeu en me mettant dans le rôle d’une figure virtuelle. J’ai de plus en plus envie de développer cette idée de femme robot. J’utilise mon propre personnage pour exprimer une sorte de critique vis-à-vis de tout ça.

Comment ce personnage pourrait-il évoluer ?

J’adorerais me mettre un masque ou disparaître derrière un avatar. Je trouve cela agréable de créer sans que la perception des gens puisse affecter l’appréciation de la musique.

Comment trouves-tu l’inspiration pour écrire tes chansons ?

Je ne me considère pas comme une musicienne. Je maitrise suffisamment la guitare et le piano pour exprimer mes idées et être en mesure de les communiquer aux équipes de production. Mais j’apprécie surtout de pouvoir collaborer. Pour être à l’aise dans la création musicale, je dois être entourée des bonnes personnes. A l’inverse, pour écrire les textes je m’isole complètement. Il me faut de la clarté mentale pour trouver les mots justes. Aussi, le processus d’écriture d’un texte doit être naturel et ne pas prendre plus de dix minutes. En ce qui concerne la musique, il s’agit d’un vrai travail de peintre. Chaque son doit permettre de fabriquer les images mentales. On a passé beaucoup de temps sur ded petits détails et l’ajout de sons qui permettent de te faire voyager à l’écoute. Cela explique l’inspiration cinématographique dont on a parlé.

Tu es habituée à être entourée d’un grand nombre de personnes dans le cadre du mannequinat. En quoi est-ce différent de se produire sur scène ?

Il n’y a pas de vraie interaction et de partage artistique sur les événements de mode, comme cela peut être le cas entre un artiste et son public. Les rapports avec l’audience sont différents. Les réactions sont vécues réellement instantanément, alors qu’au travers de l’écriture sur le blog je recevais des commentaires par Internet. Je peux comprendre qu’un artiste puisse être dépendant de la scène. Je me sens très à l’aise sur scène, alors que je suis de nature plutôt timide. Je me dévoile davantage au travers de la musique. C’est seulement à ce moment-là que je cesse de réfléchir. C’est presque méditatif.

Quelles sont les projets dans les mois à venir ?

Je vais me produire à Paris, Los Angeles et New York avant la fin d’année. Une tournée est prévue début 2019 aux Etats-Unis, car la majeure partie de mon public vit là-bas. Mon album verra le jour dans la foulée.

Tu vis à Paris depuis un an. En dehors de la mode, qu’apprécies-tu le plus ici ?

Paris est une ville multiculturelle. Je suis amoureuse de cette ville. Les valeurs et l’approche au travail sont très différentes de ce que j’ai pu vivre aux Etats-Unis, où l’argent et le business sont prioritaires. En Europe, il y a cette volonté de vraiment dire quelque-chose. Aussi, nous sommes épicuriens et ne compromettons pas notre qualité de vie pour l’argent ou la célébrité. Les artistes français n’ont pas la volonté de se mettre en avant. Aux Etats-Unis, ils capitalisent énormément sur leur vie privée et dévoilent tout. On protège davantage son intégrité ici. Cela me convient parfaitement.

Pour finir, ta dernière découverte musicale que tu souhaites partager ?

J’écoute beaucoup Timber Timbre, un groupe canadien qui fait de la musique de style rock psychédélique, lente et mélancolique. Ils écrivent des morceaux magnifiques, dont mon préféré est Floating Cathedral. C’est d’une beauté absolue.

Kristina Bazan sera en concert à Paris le 21 novembre prochain, au restaurant bar Le Piaf, 38 rue Jean Mermoz dans le 8ème.

Propos recueillis par Thorsten Wollek / Photos : Dominik Warlop 

Posted on by Thorsten in Interview

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