Interview de Arjen Lucassen (Ayreon)

Après l’avoir interviewé par téléphone à deux reprises, (pour la sortie de The Theory Of Everything et celle de son album solo Lost In The New Real), nous étions impatients de rencontrer personnellement Arjen Lucassen. Génie musical (et géant avec pas moins de deux mètres de hauteur), il est à l’origine du projet Ayreon. A chaque sortie d’album, ses fans sont impatients de connaitre les noms des invités. Car tout au long de son parcours, Arjen Luccassen a réussi à convaincre de grands noms issus du milieu métal et rock progressif à venir le rejoindre. Son nouvel opus, The Source, est déjà à classer parmi ses meilleures œuvres !

Que peux-tu nous dire au sujet de ton nouvel album ?

Arjen Lucassen : Je pense que le nom de l’album – The Source – parle pour lui-même, il s’agit de la source du projet Ayreon. Je perçois cet album comme un nouveau départ, car mon précédent album The Theory Of Everything n’avait pas très bien marché. C’est peut-être dû au style rock progressif prépondérant sur cet album. Cela c’était déjà produit au moment de la sortie de Actual Fantasy. C’est avec la sortie de son successeur The Electric Castle que le succès était de nouveau au rendez-vous. Il reste mon meilleur album à ce jour. J’ai appris qu’il ne fallait pas trop expérimenter et répondre aux attentes des fans. D’autres artistes prétendent ne pas tenir compte de l’avis de leurs fans. Je ne fonctionne pas de cette façon-là.

A l’écoute de The Source, on a l’impression que tu as emmené les choses plus loin qu’à l’accoutumée. Un réel exploit à l’écoute de tes albums précédents.

Arjen Lucassen : Merci pour ce compliment ! Selon moi, il y a déjà eu deux moments clés dans ma carrière : la sortie de The Electric Castle et The Human Equation. Il y a des moments où tout colle parfaitement. Ce sont des choses qui se produisent sans que je puisse les contrôler. Evidemment la dreamteam que j’ai autour de moi y est pour beaucoup ! Aussi, j’avais une vision très claire où je voulais emmener les choses pour The Source.

Comment compares-tu l’album The Theory Everything par rapport aux autres albums ?  Il est très différent de tes précédentes œuvres.

Arjen Lucassen : Il n’est pas seulement différent, il est également moins accessible musicalement parlant. L’approche était totalement différente. Je suis allé en studio sans compositions. J’y enregistrais chaque idée qui me venait et les collait les unes derrière les autres. C’est comme ça que je me suis retrouvé avec quatre pièces musicales sans structure, chacune d’une durée de vingt minutes. Ça a le mérite d’être spontané, mais c’est tout aussi difficile à l’écoute. Il n’y a pas de juste milieu, soit tu adores cet album ou alors tu ne l’aimes pas du tout. C’est également le cas avec l’album que j’ai publié sous le nom de The Guilt Machine.

De quelle manière as-tu procédé pour The Source du coup ?

Arjen Lucassen : J’ai commencé par rassembler les idées avant de me rendre en studio, tout en veillant à ne garder que les meilleures. Je souhaitais revenir à des refrains plus accrocheurs. L’album est donc moins progressif et met de nouveau davantage les guitares en avant. The Source est donc plus accessible musicalement. L’album est également une réponse plus agressive à mon précédent album sorti sous le nom de The Gentle Storm, un album aux sonorités plus douces et racontant une histoire d’amour.

La pochette est particulièrement réussie…

Arjen Lucassen : Celle-ci m’a beaucoup inspiré à l’écriture des morceaux. Alors que d’habitude je ne pars à la recherche de la pochette qu’une fois l’album finalisé, j’ai décidé de commencer mes recherches tout au début. Je pense que c’est l’une des plus belles pochettes à date.

Tu as fait appel à de nombreux invités. Comment procèdes-tu pour les choisir puis les convaincre ?

Arjen Lucassen : A vrai dire, je n’ai pas eu trop de difficultés à faire appel à eux, car ils apprécient tous ma musique. Aussi, ils ont déjà tous collaboré avec moi auparavant.

Comment procèdes-tu ?

Tout démarre par la musique, suivie par l’écriture de l’histoire. Et c’est seulement après que je me mets à la recherche des chanteurs qui collent à mes personnages et au style musical. En général je contacte une trentaine de chanteurs, sachant qu’une partie d’entre eux ne sera pas disponible pour des raisons de calendrier ou parce-que le thème de l’album ne leur plaît pas. Pour l’album 01011001 tout le monde a confirmé ! C’est la raison pour laquelle je me suis retrouvé avec autant d’invités sur cet album (rires). Mais cela n’a pas été le cas pour The Source. Je m’inspire de la personnalité des chanteurs pour inventer les personnages. Prenons l’exemple de Tobias Sammet. Il est un peu arrogant. Le rôle du capitaine collait parfaitement. Autant dire que je suis très embêté quand l’un d’entre eux annule sa participation au dernier moment (rires) !

The Day That The World Breaks Down est le premier extrait de l’album. Il dure plus de 13 minutes et présente tous les personnages. Comment ce morceau a-t-il vu le jour ?

Arjen Lucassen : Le principal thème musical trainait dans ma tête depuis un certain temps. Il s’est rallongé au fur et à mesure. Si bien qu’ il m’est venu l’idée d’un clip rassemblant l’ensemble des personnages. Ce morceau est très représentatif de l’album. Il en est donc devenu le premier extrait. Je n’avais qu’une crainte, c’est que les fans ne l’écoutent pas jusqu’au bout. Mon titre favori est Everybody Dies, mais il n’est pas suffisamment représentatif de l’album.

James La Brie (Dream Theater) figure sur cet album. A mon sens, il apporte un vrai plus.

Arjen Lucassen : Son chant est bourré d’émotion. J’ai des frissons à chaque fois qu’il chante sur mes albums. Je préfère quand il chante de manière douce. C’est d’ailleurs ce que je lui ai demandé. Il interprète les titres tels que je les imagine.

Peux-tu rapidement me parler des musiciens ?

Arjen Lucassen : Je voulais voir figurer les meilleurs guitaristes sur cet album. Guthrie Govan est de loin mon guitariste préféré. Paul Gilbert est également l’un des meilleurs guitaristes actuels.

Tu as collaboré avec de nombreuses légendes. Certains d’entre eux nous ont quittés récemment.

Arjen Lucassen : Oui, c’est très triste. Il va dorénavant falloir s’y habituer. Keith Emerson a malheureusement mis fin à ses jours. Je l’avais rencontré lors d’un événement musical, et il m’avait déjà fait part de sa tristesse. On voyait clairement qu’il n’était pas heureux (il souffrait d’un problème nerveux et dégénératif à la main droite, ce qui l’empêchait de jouer correctement).

Pour finir, j’aimerais que tu me cites les trois albums qui t’ont le plus influencé.

Arjen Lucassen : Tout a démarré avec l’opéra rock Jesus Christ Superstar. La composition est parfaite, même si le mix de l’époque a mal vieilli. Je connais l’album sur le bout de mes doigts. Je citerais également The War Of The Worlds de Jeff Wayne et Tommy de The Who. Mais il y en a beaucoup d’autres aussi !

Propos recueillis par Thorsten Wollek / Photos : Michela Cuccagna

Posted on by Thorsten in Interview, metal, rock

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