Interview : The Pineapple Thief

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Interview The Pineapple Thief

A l’occasion de la sortie de leur onzième album Your Wilderness, nous avons rencontré Bruce Soord (Chant / Guitares / Claviers) et Steve Kitch (claviers) de The Pineapple Thief dans la cour d’un petit hôtel parisien proche de Montmartre. La qualité du nouvel album prouve encore une fois que The Pineapple Thief représente ce que l’on fait de mieux aujourd’hui dans le domaine du rock progressif.

Bruce, j’aimerais rapidement revenir sur ton premier album solo, paru récemment. Pourquoi avoir fait le choix de sortir un album sous ton propre nom ?

Bruce : En effet, de nombreuses personnes me posent cette question. En tant que chanteur, ma voix à évolué au fil des années jusqu’à à devenir un instrument à part entière. En créant The Pineapple Thief, j ‘ai pu évoluer comme compositeur-interprète et être membre d’un groupe de rock à part entière. J’ai voulu scinder ces deux approches. Le fait d’avoir sorti un album solo a donc permis à The Pineapple Thief d’évoluer comme un vrai groupe avec un caractère plus collaboratif, laissant la place à chaque membre du groupe de s’exprimer. Aussi, cela a donné une identité plus progressive et plus expérimentale à The Pineapple Thief.

Dans le communiqué de presse, vous avez mentionné le fait d’avoir pris plaisir à enregistrer cet album, plus que ce n’était le cas sur les précédents albums. Comment expliquez-vous cela ?

Bruce : Je suis plus âgé maintenant et beaucoup plus posé que dans le passé. J’éprouve une certaine satisfaction. Aussi, la relation entre Steve et moi a évolué.

Steve : Nous avions travaillé très dur sur les précédents albums, plus que cela n’était peut-être nécessaire. Le fait de vouloir tirer à tout pris le meilleur de chacun a créé des tensions dans le groupe.

Bruce : Aussi, nous n’avions pas suffisamment de moyens financiers. C’est très difficile pour de nombreux groupes. Nous travaillions la journée pour nous retrouver le soir et les week-ends. Cela impacte bien évidemment les familles. J’ai la chance d’être musicien à plein temps maintenant. Cela a énormément facilité le travail sur ce nouvel album. Je suis beaucoup plus zen qu’auparavant.

Comment avez-vous procédé pour l’écriture des morceaux ?

Bruce : J’ai apporté au groupe des structures de morceaux plutôt basiques. Je leur ai laissé la main en leur disant de rajouter leurs parties comme bon leur semblait sans voulant pour autant tout régenter, comme cela a été le cas dans le passé. Et j’ai vécu cela très positivement, car cela m’a permis de déléguer une partie et d’être soulagé par la charge de travail. Et le résultat fut à la hauteur de mes attentes. Le fait d’avoir Gavin Harrison (batteur de The Porcupine Tree) à bord a très certainement contribué à cet aspect plus collaboratif.

Steve : On a saisi la chance de pouvoir bénéficier de cette part de liberté et on s’est tous surpassés. John (basse) a écrit ses propres parties pour la première fois. Le jeu de Gavin l’a énormément inspiré. et son jeu de batterie nous a tous énormément influencé.

Mon titre favori sur l’album est de loin That Shore. Que pouvez-vous me dire au sujet de ce morceau ?

Bruce : Sur ce morceau en particulier, Steve nous a montré cette suite d’accords. J’ai rapidement été inspiré pour écrire la mélodie par-dessus. Si mes souvenirs sont bons, on a finalisé ce titre en l’espace d’une journée. Étonnamment, ce sont souvent les meilleurs morceaux.

De quelle manière votre musique tend à devenir plus progressive ? Comment définissez-vous cette notion ?

Bruce : Je dirais que les morceaux sont progressifs dans le sens où leur structure ne suit pas un schéma traditionnel. C’est notamment le cas sur le premier morceau de l’album In Exile. J’ai plus la volonté d’écrire des morceaux qui évoluent de manière atmosphérique. Tout dépend finalement de la manière dont tu définis la musique progressive.

Steve : La majorité associe la musique progressive avec les groupes des années 70 comme Yes et Genesis. Tout le monde a sa propre définition de la musique progressive.

Bruce : Quand nous avons abordé l’écriture de l’album, nous ne nous sommes pas posés de barrières et avons décidé de faire ce que nous aimions.

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Dans quel sens s’agit il d’un album concept ? Pourriez-vous en dire plus sans pour autant tout dévoiler ?

Bruce : En effet, les morceaux sont reliés entre eux par un fil conducteur. Mais il n’y a pas vraiment de narration à proprement parler. L’album traite plus globalement de la vie et des peurs que cela amène. Je pense que la pochette traduit bien cela. Etant plus âgé et père, cela me concerne plus directement.

Pourriez-vous donner plus d’informations au sujet du line-up suite à la participation de Gavin ? Que cela signifie-t-il pour votre batteur Dan Osborne ?

Bruce : Gavin est un invité sur ce disque. Néanmoins, il a eu beaucoup d’impact sur l’album. Nous ne pouvons finalement pas imaginer partir en tournée sans lui. Comment pourrions-nous jouer ces morceaux sur scène sans lui ? Ça ne serait pas juste ! En ce qui concerne Dan, il n’a pas pu y participer pour des raisons personnelles. C’est quelqu’un qui s’investit à 100% dans ce qu’il fait. Il n’arrivait plus à concilier ce projet avec sa vie personnelle.

J’étais plutôt surpris en apprenant la participation de John Helliwell (saxophoniste de Supertramp) sur l’un des morceaux.

Bruce : J’étais tout excité à l’idée d’avoir des invités de renom tels que Gavin et John. John étant l’un de mes héros en tant que fan de Supertramp, je lui ai spontanément écrit un mail un jour. Il a rapidement accepté et nous a conviés chez lui à Manchester. J’ai mis un peu de temps à réaliser cela. Il n’avait pas connaissance de The Pineapple Thief auparavant mais a beaucoup aimé notre musique.
Steve : C’est un mec adorable et très drôle.

Vous parliez de Supertramp. Quelles sont les groupes qui vous ont influencé plus jeunes ?

Bruce : Je suis un grand fan de rock progressif des années 70, entre autres des groupes comme Camel, Supertramp, Pink Floyd et Genesis. Plus tard dans les années 90, je me suis plus tourné vers des artistes comme Beck.

Steve : Je viens plutôt de l’univers hip-hop. Je citerais Massive Attack comme principale influence.

Bruce : Tu parlais du morceau That Shore tout à l’heure. Ce titre est très influencé par le style électronique.

Je trouve l’album très accessible à toute personne aimant la bonne musique. N’est-ce pas une chance de toucher un public plus large ?

Bruce : J’aimerais beaucoup ! C’est bien sûr notre ambition. C’est plutôt frustrant de nous dire que de très nombreuses personnes apprécieraient notre musique si elles avaient la chance de l’entendre.

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Le groupe a vu le jour en 1999. Quel regard jetez-vous sur votre carrière ?

Bruce : De nombreuses personnes me demandent si je souhaiterais que nous rencontrions plus de succès. Pour être tout à fait honnête, je suis plutôt globalement satisfait de notre statut actuel. Nous avons onze albums à notre actif et avons la chance de pouvoir poursuivre notre chemin après tant d’années.

Que pouvez-dire sur le public français ?

Bruce : Le public français est plutôt enthousiaste, plus que ne l’est le public anglais. Nous espérons d’ailleurs rejouer ici sous peu. Nous tenterons de convaincre Gavin de partir en tournée avec nous ! Il est en tournée avec King Crimson jusqu’en janvier prochain.

Photos et propos recueillis par Thorsten Wollek

Posted on by Thorsten in Interview

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