Une americaine a Paris

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Interview : Melissa Etheridge

Définie comme la version féminine de Bruce Springsteen, Melissa Etheridge est une véritable icône outre-Atlantique. Il en est pourtant tout autre en France où l’artiste souffre d’un manque de notoriété. Nous avons profité de l’une de ses rares visites dans la capitale dans le cadre de la promotion de son nouvel album This is M.E. pour rencontrer  Melissa Etheridge.

Ton album vient tout juste de paraître. Quel type de pression ressens-tu ?

Melissa Etheridge : Je me crée ma propre pression pour me challenger moi-même. L’album paraissant sur un label indépendant, je n’ai pas subi de pression émanant d’un gros label. Ainsi, j’ai été libre de créer ce dont j’avais envie et de m’entourer des personnes de mon choix. Je ne parlerai donc pas de pression mais davantage d’excitation.

Comment vois-tu This Is M.E comparé à ton précédent album Fourth Street Feeling ?

Melissa Etheridge : Je voulais que cet album soit le plus authentique possible et lui donner une ambiance live. Alors que Fourth Street Feeling était basé sur le style rock américain traditionnel, j’ai souhaité élargir le spectre musical sur This Is M.E en incorporant des éléments soul, R&B, country tout en maintenant les fondements rock. J’ai pris énormément de plaisir à travailler sur l’album.

Comment dois-je prononcer le titre de l’album puisque tu y as incorporé un jeu de mots.

Melissa Etheridge : This is me (traduire : c’est moi).

Quelle place accorderais-tu à cet album dans ta discographie ?

Melissa Etheridge : Si tu observes le chemin parcouru, tu remarqueras que j’ai fait d’énormes progrès dans la composition de chansons. J’ai également progressé au niveau de mon chant et de mon jeu de guitare. Ce que je trouve passionnant, c’est que mon nouvel album synthétise tout cela de la meilleure manière qui soit. Aussi, l’album associe de nombreux styles qui m’ont influencée plus jeune. C’est la raison pour laquelle j’ai donné ce nom à l’album. This Is M.E combine parfaitement le passé et le présent.

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Plus que jamais, le son de ton nouvel album est parfaitement adapté à la radio. Etait-ce volontaire ?

Melissa Etheridge : J’aimerais beaucoup que les morceaux passent à la radio (rires). C’est certainement dû à la collaboration avec Jon Levine, en charge de certaines parties de synthé. Les sons qu’il utilise sont très actuels. Même si certains sons sont plus modernes, j’ai s voulu préserver mon authenticité.

La pochette de l’album peut induire en erreur. J’ai moi-même pensé qu’il s’agissait d’un album de type jazz ou swing.

Melissa Etheridge : Quand nous avons pris cette photo, nous n’étions pas encore conscients qu’elle ferait l’objet de la pochette. En la découvrant, nous avons tout de suite pensé à l’utiliser comme pochette. Etant accompagnés de deux choristes sur cet album, nous avons pensé que cette image  collait parfaitement à l’esprit de la musique.

Il s’agit en fait d’une multitude de photos de tes fans.

Melissa Etheridge : Oui ! C’est un cadeau que je leur ai fait.

Pourquoi avoir décidé de créer ton propre label ?

Melissa Etheridge : En 2013, j’ai fait un bilan de ma carrière. Même si j’entretenais de bonnes relations avec ma maison de disques, je sentais qu’on m’enfermait artistiquement. Et puis, j’avais tout simplement besoin de changement. Mon nouveau management m’a donné l’idée de sortir l’album par mes propres moyens. L’idée ne me serait jamais venue seule. A l’heure actuelle, j’ai déjà vendu autant d’albums de This Is M.E que du précédent.

Parlons un peu des chansons. Deux titres ont retenu mon attention. Dans le titre Monster, tu te décris toi-même comme un monstre. C’est assez inhabituel !

Melissa Etheridge : Sur ce morceau j’ai collaboré avec Jerry Wonda,le producteur du groupe Fugees.C’est également un bassiste extraordinaire. En travaillant avec lui dans son studio, j’ai ressorti un morceau que j’avais dans mes tiroirs. En lui montrant le morceau à la guitare slide, Jerry a tellement aimé qu’il a rajouté des rythmiques dans la foulée. C’est le son que je recherchais depuis longtemps. En réécoutant les bandes, cela m’a donné l’idée de chanter I’m a…. C’est alors que je me suis posé la question : mais qui suis-je ? En me rendant aux Nations Unis quelque temps plus tard (Melissa Etheridge est également connue comme activiste pour le mouvement de libération gay), j’ai découvert une grande sculpture à l’extérieur représentant St George en train de tuer un dragon. Cette œuvre, faite de vieille ferraille, est monstrueuse. Ça m’a donné l’idée de chanter « I’m a Monster ». Il y a un aspect en chacun de nous qui effraye les gens qui nous entourent. Au cours de ma vie, j’ai moi-même subi les préjudices liés à ma sexualité et mon mariage. Pour d’autres, je dois être monstrueuse de par ma différence. Mais le plus ridicule est que toute différence peut faire de vous un monstre aux yeux des autres. J’ai tourné le sujet à mon avantage en démontrant ma force par la même occasion.

Comment naissent tes chansons en général. Quel est l’élément déclencheur ?

Melissa Etheridge : Cela dépend en fait. Cela peut venir d’une idée que je souhaite mettre en musique, d’un rythme ou d’un bout de paroles. Certains titres découlent tout naturellement, alors que d’autres mettent très longtemps à voir le jour. Aussi, le type d’ambiance dans une chanson dépend de mon humeur. J’ai une sorte de filtre dans lequel je fourre tout et vois ce qui en ressort.

L’autre titre en question, Who Are You Waiting For, clôture magnifiquement l’album. C’est peut-être le morceau le plus signifiant de l’album.

Melissa Etheridge : Il était évident pour moi de le placer en fin d’album afin qu’il accompagne les auditeurs une fois l’écoute achevée. C’est l’un des premiers titres que j’ai écrit pour l’album. Je travaillais dessus couplet après couplet pendant quelques semaines. Arrivant au 3ème couplet, j’ai pris conscience que cela parlait de mon mariage. Cela m’a aidé à le finir rapidement. C’est une déclaration d’amour et j’en ai profité pour la jouer lors de mon mariage.

Si la chance t’était donnée, que dirais-tu à la Melissa Etheridge qui débutait en 1988 ?

Melissa Etheridge : Je lui dirais de ne pas s’inquiéter. C’est le chemin parcouru et non la destination finale qui importe. On y arrive que rarement de toute manière. L’important est de s’éclater dans la vie.

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Peux-tu nous parler de la tournée acoustique qui démarre prochainement ? Tu en avais déjà effectuée une en 2001. 

Melissa Etheridge : Le spectacle sera différent de ma dernière tournée acoustique, car je vais utiliser de nouvelles  techniques. Aussi, je suis une meilleure guitariste qu’avant. Je vais créer des boucles avec ma guitare acoustique et jouer d’autres parties avec ma guitare électrique. Ça sera donc plus fourni que dans le passé.

Prévois-tu de donner quelques explications au sujet des titres joués ? Je fais référence à la série de concerts acoustiques donnés par de grands noms tels que Bruce Springsteen sous le nom de StoryTellers. 

Melissa Etheridge : J’ai prévu de ne pas trop parler durant ces concerts. Ce ne sera pas aussi décontracte que cela. Je ferai bien évidemment quelques commentaires, car cela est apprécié par le public entre les titres. Mais je ne souhaite pas que cela freine le rythme de la soirée.

Nous avons la chance de te rencontrer à Paris aujourd’hui. Étonnamment, tu n’as pas la même notoriété en France que dans d’autres pays, comme l’Allemagne où tu es très populaire.

Melissa Etheridge : C’est assez étrange, car dès la sortie de mon premier album j’ai remarqué que j’avais moins de succès dans les pays reconnus pour leur gastronomie, comme la France, l’Italie et l’Espagne (rires). Peut-être est-ce lié aux barrières de la langue. Je pense également que les styles musicaux dans ces pays sont différents du style de musique à l’américaine. Si je suis assise en face de vous c’est bien pour remédier à cela. J’adore la France ! Figure toi que j’ai découvert récemment que j’avais du sang français. Mais cela remonte assez loin dans mes origines (rires).

Dans fans ont créé une page Facebook afin que tu reviennes jouer en France.

Melissa Etheridge : Je ne savais pas que cela existait ! Aucune date n’est prévue en France dans le cadre de la tournée acoustique. Mais j’espère bien revenir cet été dans le cadre des festivals.

Propos recueillis par Thorsten Wollek / Photos : Carsten Wilde (wilde.fr)

 

Posted on by Thorsten in Interview

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