Elliott Murphy ressuscite son chef d’oeuvre Aquashow

Elliott Murphy.Portrait 2015.Paris.Michela Cuccagna©

Interview : Elliott Murphy

Ces derniers temps, l’actualité d’Elliott Murphy est plutôt chargée avec la sortie d’un EP, sorte de bande originale qui accompagne son livre Poetic Justice. En mars paraîtront une nouvelle biographie Elliott Murphy : just a story from… The last of the art rock star (éditeur Camion Blanc), ainsi que son nouvel album Aquashow Deconstructed. Elliott Murphy y revisite son légendaire album Aquashow avec lequel sa carrière démarra en 1973. Que les fans se rassurent, l’album ne signe en rien la fin de sa carrière. Les 13 et mars 14 prochains, Elliott Murphy donne rendez-vous à ses fans à l’occasion de deux concerts au New Morning afin de fêter avec lui son 66ème anniversaire. Ces « Birthday shows » son quasi-légendaires. Pour la deuxième fois, nous avons rencontré le plus français des américains dans un petit café parisien en toute simplicité.

Nous nous sommes rencontrés en 2012 à l’occasion de la sortie de ton précédent album It Takes A Worried Man. Quel regard jettes-tu sur cet album avec le recul.

Elliott Murphy : Ils s’est passé tellement de choses depuis sa sortie que j’ai l’impression que cela remonte à loin. J’ai sorti un EP Intime, mon livre Poetic Justice a été traduit et été publié en Espagne et en Amérique Latine. J’ai également publié un EP pour accompagner cet ouvrage. It Takes A Worried Man a été produit par mon fils Gaspard. Nous avons enregistré dans des conditions idéales dans un studio à Bruxelles. Je suis toujours très content des chansons et de la qualité du son sur cet album. La présence de Patti Scalfia (la femme de Bruce Springsteen) sur le morceau I am Empty a été la cerise sur le gâteau.

Peux-tu rapidement expliquer le concept d’Aquashow Deconstructed ?

Elliott Murphy : J’ai eu envie d’enregistrer ces titres à nouveau avec une nouvelle approche. Aquashow a été publié à deux reprises successivement en 1973 et en 74, car il a eu beaucoup de succès à sa sortie. Au cours des toutes ces années, on m’a souvent demandé de revisiter l’album, sous forme d’enregistrement live, en version acoustique ou accompagné d’un orchestre. Mais ce n’était jamais le bon moment pour moi. Entre temps, j’ai eu l’idée d’Aquashow Deconstructed, qui consiste à réduire les morceaux à leur essentiel et en s’éloignant du contexte dans lequel ces titres ont été écrits. C’est en tout cas ce qu’on a essayé de faire et j’espère que le résultat est à la hauteur.

L’approche est donc totalement différente d’un album avec des compositions originales.

Elliott Murphy : Oui, dans ce cas précis il s’agit des mêmes 10 titres qui composent l’album original. Ce qui fait que je connaissais les morceaux avant de m’attaquer à leur enregistrement. Habituellement, nous choisissions une dizaine de titres sur vingt nouvelles compositions. Le challenge consistait à présenter l’album dans des versions différentes que celles qui se trouvent sur la version sortie en 1973.

Elliott Murphy.Portrait 2015.Paris.Michela Cuccagna©

Ne préférais-tu pas sortir un album avec des compositions originales ?

Elliott Murphy : J’ai à chaque fois l’impression qu’on ne laisse pas assez de temps à un album pour mûrir. Une fois l’album publié, tu pars en tournée. La promotion dure en général trois mois. A l’inverse, l’album accompagne les fans toute leur vie. J’ai donc eu envie de donner une seconde chance à Aquashow, car les dix morceaux qui composent l’album sont exceptionnels. Les premiers albums sont en général atypiques, car ils capturent toute l’expérience acquise jusque-là. Pour être honnête, nous travaillions sur des nouveaux titres au moment où j’ai décidé de donner la priorité au projet Aquashow Deconstructed. Donc nous sortirons certainement un album avec des compositions originales l’année prochaine.

A l’écoute de la version déconstruite du morceau How’s The Family, j’ai été surpris par son aspect brut.

Elliott Murphy : De manière plus globale, je définirais ce nouvel album comme la version d’hiver d’Aquashow. Je fais le parallèle avec tous les arbres sans leurs feuilles. J’ai réduit les morceaux à leurs éléments fondamentaux. Pour How’s The Family, j’ai voulu remettre en lumière les paroles sans accompagnement majeur, afin de vérifier si elles suffisaient à elles-mêmes.

J’entends même un côté mélancolique.

Elliott Murphy : A l’époque, j’étais plein d’espoirs et des rêves. Aujourd’hui, j’ai 65 ans et je vois la vie de manière différente avec l’expérience acquise.

Si tu avais sorti cet album pour la première fois aujourd’hui, est-ce la manière dont tu l’aurais enregistré ?

Elliott Murphy : Je n’aurais pas pu écrire ces chansons aujourd’hui. Je suis différent de celui que j’étais 40 ans plus tôt. J’ai lu quelques parts que le corps opérait un changement tous les 7 ans. J’ai donc subis pas moins de 6 changements (rires).

Le pari est risqué de de revisiter l’album Aquashow ! Certains de tes fans risquent de mal le prendre, non ?

Elliott Murphy : C’est évidemment risqué de s’attaquer à un tel monument. Cela généra inévitablement des avis négatifs. A la fois, nous n’avons pas essayé d’en faire une copie. Je n’ai pas essayé de me mettre dans la peau de celui que j’étais à l’époque. Il s’agit juste de présenter les morceaux sous une lumière différente. Certains des morceaux, je pense à Last Of The Rock Stars, m’accompagnent sur scène depuis tout ce temps. Pour ma défense, je répondrai donc que je les y interprète déjà de manière différente depuis de nombreuses années.

A la lecture du communiqué de presse, j’ai craint un moment qu’il s’agisse d’une sorte d’épilogue.

Elliott Murphy : D’une certaine manière tu as raison. Aquashow Deconstructed met fin à une certaine partie de ma carrière. Je ne peux pas prédire de quoi seront faites les années à venir.

Comment expliques-tu le fait que l’album Aquashow soit si intemporel. Il a même été qualifié de   » Classic album » par le prestigieux magazine anglo-saxon UNCUT.

Elliott Murphy : C’est lié à plusieurs choses. La production fût très bonne. Tous les instruments utilisés le sont encore aujourd’hui. Nous n’avons pas utilisé de synthétiseur et ne peux par conséquence pas sonner démodé. Je qualifierais le son de « classic rock ». L’album aurait pu voir le jour autant dans les années 50, 60 que 70. Je ne pense pas que la façon de composer change de génération en génération. Il est donc tout autant apprécié aujourd’hui.

Cela fait des années que j’essaye de récupérer le CD d’Aquashow. Il est très difficile de se le procurer. L’album Aquashow Deconstructed est-il également un moyen de permettre à l’album de gagner de nouveaux fans ?

Elliott Murphy : La version originale de l’album est en effet difficile à se procurer. Il a été publié à trois reprises. Mais il n’a été tiré qu’à 10 000 exemplaires à chaque reprise et a donc été rapidement écoulé. Si tu vas sur Ebay tu trouveras des copies en format CD à 100 dollars. Tu as également des chances de le trouver d’occasion en vinyle. J’espère rééditer la version originale de l’album en format Deluxe accompagné d’inédits si Aquashow Deconstructed rencontre le succès escompté. Espérons que le label Polydor déterre quelques inédits car je n’ai rien de mon côté.

Parlons de la pochette. On y distingue les gratte-ciels de New York. Est-ce un hommage à tes débuts passés dans la ville dans les années 70 ?

Elliott Murphy : L’histoire de la pochette est assez drôle car la photo n’a pas été prise à New York mais à Paris. Elle a été prise chez mon coiffeur à deux pas d’ici en fait. Il a un fauteuil magnifique dans lequel j’adore m’asseoir en attendant mon tour. Ma graphiste a fait le montage avec les tours de New York. La pochette fait évidemment référence à mon passé new yorkais.

Tu fais référence à Paris dans le titre Hangin’ Out, plus exactement à un Drugstore. Tu ne pouvais pas deviner à ce moment-là que tu viendrais t’installer ici un jour.

Elliott Murphy : Je cite un Drugstore en feu dans la chanson. En venant ici en 1971, j’ai voulu me rendre au Drugstore en haut des Champs-Elysées. Mais celui-ci était en feu et je n’ai donc pas pu rentrer.

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Tu réédites la série des Vintage Series en téléchargement sur Internet. De quoi s’agit-il exactement ?

Elliott Murphy : Il s’agit de tout ce que j’ai en ma possession en matière d’enregistrements live et d’inédits. Au moment où tu penses avoir exploité toutes tes archives, tu retombes étrangement sur de nouvelles découvertes. Un jour, je suis tombé sur les versions démos de mon album Selling The Gold. A l’écoute, j’ai été surpris de leur fraicheur. J’ai donc décidé d’en faire profiter les fans. Il est probable que j’en sorte d’autres volumes tant que mes archives les permettent.

Dans quelques jours tu te produis au new Morning dans le cadre de tes « Anniversary Shows ». Comment abordes-tu ces concerts ?

Elliott Murphy : Ces concerts ont lieu tous les années à l’occasion de mon anniversaire. Je suis en général assez nerveux à trois semaines des concerts. C’est seulement une dizaine de jours avant que nous commençons les répétitions que la tension baisse. Nous jouerons l’intégralité de l’album Aquashow Deconstructed en première partie de soirée. Après une courte pause, nous jouerons de nombreux autres titres issus de différents albums.

Les gens à qui je fais découvrir ta musique me disent en général que c’est en te voyant sur scène qu’ils ont eu le déclic pour ta musique.

Elliott Murphy : Pour être honnête, il m’a fallu beaucoup de temps pour devenir aussi performant sur scène. A mes débuts, je n’étais pas tout à fait prêt pour le succès remporté par Aquashow. Tout cela est arrivé si vite. Le public venait me voir en concert en pensant voir le nouveau Bob Dylan. J’ai mis du temps à me sentir vraiment à l’aise sur scène et d’arriver à bâtir cette osmose avec le public. Aujourd’hui, je suis plus détendu sur scène que par le passé.

Au cours des recherches effectuées pour cette interview, j’ai constaté que tu donnais peu d’interviews. C’est donc un privilège d’être en ta compagnie.

Elliott Murphy : Tu sais, je ne donne des interviews qu’aux médias intelligents comme le vôtre qui sont vraiment passionnés par la musique (rires). Il m’est arrivé de me retrouver en face de journalistes me demandant de parler de moi sans réellement poser de questions. C’est assez désagréable. D’autres n’ont pas d’enregistreur et notent tout à la main.

Merci pour ce compliment ! D’autres médias t’ont demandé quels étaient tes albums préférés parmi ta discographie. J’aimerais donc savoir lequel des tes albums live tu préfères.

Elliott Murphy : Je retendrais April enregistré en acoustique avec Olivier Durand. Nous ne savions pas que le concert était en cours d’enregistrement. Le concert eut lieu en Allemagne de l’est dans un petit village. C’en garde des souvenirs mémorables.

De nombreux artistes publient leurs autobiographies. As-tu pour projet de faire de même ?

Elliott Murphy : Si je devais publier mes mémoires, une large partie traitera des années précédant la sortie de mon premier album. Je considère cette période comme la plus intéressante de ma vie. En général, les autobiographies de rock stars sont en général assez ennuyeuses. Une fois qu’ils remportent le succès, leur vie devient finalement assez banale. Il y est question d’argent, de mariages, de divorces… Je pense que mon histoire sera plus intéressante au vu des difficultés que j’ai rencontrées au cours de ma carrière.

Propos recueillis par Thorsten Wollek / Photos : Michela Cuccagna

 

 

Posted on by Thorsten in Interview

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