Interview de Jon Schaffer (Iced Earth)

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Il existe des groupes qui méritent bien plus de reconnaissance. C’est le cas d’Iced Earth. Crée à la fin des années 80 par Jon Schaffer, Iced Earth sort son nouvel album Plagues Of Babylon dans les prochains jours. A l’occasion d’une tournée en première partie de Vollbeat, nous avons rencontré le chef de groupe Jon Schaffer le lendemain de leur concert au Bataclan. Pouvant paraître impressionnant physiquement au premier abord, Jon s’avère être d’une rare gentillesse. Iced Earth sera de retour en tête d’affiche au Trabendo le 15 janvier.

Comment s’est passé votre concert en première partie de Vollbeat hier soir ?

Jon Schaffer : C’était bien. On a fait de bons concerts sur cette tournée. C’est génial de pouvoir accompagner Vollbeat en première partie, car c’est l’un de mes groupes préférés. Michael (Poulsen, chanteur de Vollbeat) et moi sommes de très bons amis. On a fait la même chose l’été dernier aux Etats-Unis. C’est quelque chose de très spécial pour moi.

Vous semblez assez proches.

C’est un cadeau merveilleux que Mike nous fait. Toutes les dates affichent complet. Vollbeat est très populaire. Michael a acheté mon premier album le jour de sa sortie quand nous étions encore enfants. Les membres de nos groupes s’entendent à merveille.

Vous en avez profité pour jouer deux nouveaux morceaux hier soir.

Nous sommes conscients de ne pas avoir de très nombreux fans d’Iced Earth dans le public sur cette tournée. Nous allons probablement en gagner de nouveaux. La majorité du public ne connaît donc pas du tout nos compositions. Nous faisons donc un mix de morceaux anciens et des titres issus du nouvel album pour le promouvoir. Ce n’est pas simple de bâtir une setlist de 45 minutes, sachant que nous en sommes à notre 11ème album. C’est déjà compliqué de satisfaire les fans sur un concert de 2h. Mais le public réagit positivement.

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Que peux-tu nous dire sur le nouvel album ?

(Jon réfléchit un court instant). Heavy-metal ! Question suivante ! (rires).

L’album a la particularité d’être composé d’un concept qui ne couvre que la première partie.

Je ne voulais pas couvrir l’intégralité de l’album par un concept. Plagues Of Babylon ressemble aux un anciens album de Rush. Leurs concepts ne couvraient que la face A. La face B était composée de titres individuels (il fait référence à l’album 2112). Nous nous sommes donc inspirés de cette idée. Je voulais garder également une certaine indépendance entre les morceaux. Il y a de nombreuses ambiances : Cthulhu est un morceau typique d’Iced Earty, Peacemaker est un titre plus rock et de type western metal, et il y a Highwayman, un morceau country que nous avons transformé en un morceau metal. J’ai invité quelques amis à venir chanter sur l’album, parmi eux Hansi Kürsch de Blind Guardian, Russell Allen de Symphony X et bien évidemment Michael Poulsen.

La pochette est l’une des plus sombres de votre discographie.

Elle a pour objectif de mettre mal à l’aise. C’est l’idée de base. La pochette se réfère évidemment aux six premiers morceaux. Au final je pense que l’album fini par une touche positive, notamment avec les morceaux Spirit Of The Times et Highwayman, le titre caché en fin d’album.

A l’écoute, il est indéniable que vous avez veillé à la qualité du son.

Pour la première, fois je me suis chargé de la production de l’album. Mon objectif était de mettre la batterie la plus en avant possible. Je souhaitais également y introduire la vitalité et l’émotion nécessaire. Il ne s’agissait pas d’arriver à la perfection mais de favoriser l’émotion.

Highwayman est un titre de style country. Ce genre de musique t’inspire-t-il ?

Ces dernières années, j’ai écouté beaucoup plus de musique country, notamment Bruce Springsteen. Depuis quelque temps je porte plus d’importance aux paroles. Peut-être est-ce lié au fait que je vieillis. Certains titres de style country ont des paroles superbes, notamment celui-ci. Je tiens beaucoup à cette reprise, entouré de mes meilleurs potes. Si tu nous connaissais individuellement, tu constaterais que c’est la chanson parfaite pour nous. Je ne l’aurais jamais faite sans Russell et Michael.

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Tu citais le Boss à l’instant. J’en suis moi-même un grand fan. Que représente-t-il pour toi en tant qu’américain ?

Je suis devenu fan au fil des années. Je n’ai jamais accroché lors de sa période plus commerciale avec l’album Born In The USA. Mais si tu t’intéresses à l’ensemble de sa discographie, tu vas découvrir la beauté de certaines de ses œuvres. The Ghost Of Tom Joad est l’une des meilleures chansons jamais écrites. Je me sens concerné par les sujets abordés. J’adore la version avec Tom Morello de Rage Against The Machine récemment parue. J’aimerais beaucoup reprendre ce titre un jour.

Iced Earth a une chose en commun avec Springsteen. C’est la durée de certains de vos concerts !

On a un catalogue de chansons assez étoffé. A certaines occasions, nous jouons de nombreux titres. C’était notamment le cas pour nos albums Live In Athens et Live In Ancient Kourion.

 

Il y a eu de nombreux changements de line-up dans le groupe. Tu es d’ailleurs le seul membre de la formation d’origine. Y a-t-il des raisons à cela ?

 

C’est loin d’être facile. Je ne fais pas de compromis dans la vision que j’ai pour le groupe. J’ai besoin de musiciens qui me suivent. Je pense les avoir trouvés en les personnes de Troy, Luke et Stu. Nous sommes proches, je le suis plus particulièrement de Stu (chant). On est tous là les uns pour les autres. On est comme des frères. On a eu pas mal de problèmes dans le passé car certains pensaient qu’on se ferait beaucoup d’argent en sortant des albums. Nous n’avons pas le même budget qu’Iron Maiden ou Metallica. Ils n’avaient pas une vision réaliste. C’est une vraie bataille que de se retrouver dans un groupe de metal.

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En regardant le concert hier soir, j’ai été surpris par ta discrétion sur scène. Comment perçois-tu ton rôle sur scène ?

Alors que je suis le leader du groupe, je me fous totalement de l’image de la rock star. Je suis là pour assurer mes parties à la guitare et écrire les chansons. C’est grâce à ça que le groupe existe. Cela ne me ressemble pas que d’attirer l’attention sur scène (rires). L’héritage que nous laissons existera au travers de nos albums.

Vous êtes à l’affiche du Hellfest cette année.

On a de nombreux fans en France, même si on a jamais atteint le vrai potentiel comme c’est également le cas dans le reste du monde. On travaille très dur pour augmenter notre notoriété. C’est la raison pour laquelle je suis content que nous puissions accompagner Vollbeat. Il faut savoir que leur management bloquait notre participation mais Michael l’a imposée. Il est convaincu qu’Iced Earth mérite plus de succès

La tournée Dystopia a été la plus longue dans la carrière du groupe. Cela a-t-il contribué à la nouvelle chimie au sein de la formation ?

Tout d’abord je suis entouré de musiciens qui sont motivés pour cela. Il ne s’agit pas que de motivation. Je définis cela comme une mission. Ma passion et mon amour pour le groupe sont revenus en 2009 après avoir fait un break dont j’avais profondément besoin. Je ferai de même l’année prochaine à la suite de la tournée. L’arrivée de Stu a également contribué au nouvel élan. Je le considère comme mon petit frère. Après avoir passé beaucoup de temps ensemble en tournée, il me manque rapidement et je l’appelle. Ce type de relation est tout à fait nouveau pour moi au sein du groupe.  On est comme une famille.

Interview recueillie par Thorsten Wollek

 

Posted on by Thorsten in Interview

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