Interview Steven Wilson

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Interview de Steven Wilson

Ce n’est pas tous les jours que nous avons la chance d’interviewer un artiste d’une telle intelligence et d’une telle sensibilité. Plus connu en tant que leader du groupe Porcupine Tree, Steven Wilson sort des albums à un rythme effréné, et plus récemment sous son propre nom. À l’occasion de la sortie de son nouvel album The Raven That Refused To Sing, Steven Wilson nous a accordé une interview dans un hôtel parisien pour nous parler de ce nouvel opus, mais pas seulement…

Rock’nConcert : Tu en es déjà à ton 3ème album solo en l’espace de quatre ans. Ta carrière solo semble être devenue ta priorité.

Steven Wilson : En fait, j’ai toujours eu pour objectif de faire une carrière solo. Un projet dans lequel je serais mon propre directeur musical, où je pourrais explorer tous les styles musicaux possibles et travailler avec les musiciens de mon choix. C’est quelque part l’objectif de tout musicien. Mais ça l’est d’autant plus pour moi étant donné que je me considère comme étant à la fois producteur, directeur musical et compositeur de mes projets. Je ne voulais pas spécialement être chanteur et guitariste d’un groupe, même si j’ai fini par le faire pour pouvoir faire des disques. Je me retrouve heureusement dans une situation dans laquelle je peux me permettre réaliser des albums solo. Aussi, j’ai aujourd’hui assez confiance en moi pour le faire et la chance d’être aux côtés de musiciens fabuleux.

Rock’nConcert : En quoi ta carrière solo diffère-t-elle de tes autres projets ?

Steven Wilson : Dans la plupart de mes projets, il s’agit de collaborer avec d’autres personnes. Et dans ce cas il faut faire des compromis. Mais je ne dis pas cela dans le sens péjoratif du terme, car cela permet de donner une forte identité à un groupe. Mais ça peut également être un frein.

Rock’nConcert : On te définit principalement comme le leader du groupe Porcupine Tree. Cela a-t-il été dur de te faire respecter comme un artiste solo à part entière ?

Steven Wilson : En général il faut se battre contre le fait qu’un album solo ne représente qu’une sorte de pause, de projet de seconde importance. Mais dès le départ j’ai su que ça ne serait pas le cas et que cela deviendrait l’une de choses les plus importantes pour moi.

steven wilson

Rock’nConcert : En quoi ton nouvel album The Raven That Refused To Sing est-il différent de son prédécesseur Grace For Drowning ?

Steven Wilson : Sur Grace For Drowning j’avais mélangé une multitude de styles différents, autant de l’électronique, que du progressif, du jazz, des ballades au piano, du psychédélique. Sur le nouvel album, il y a plus de cohésion, on a l’impression d’écouter le même album du début à la fin. Et pour la première fois, il y une identité de groupe car on a enregistré les titres en live au studio. À la différence de Grace For Drowning, j’ai cette fois-ci adapté mon écriture aux musiciens qui m’accompagnent. Mais de manière générale, il y a des choses au niveau du son que l’on retrouve sur le précédent album. Il s’agit d’une continuation de ce qui a été commencé sur Grace For Drowning.  

Rock’nConcert : Je définirais The Raven That Refused To Sing comme un album concept. Explique nous le fil conducteur sur cet album ?

Steven Wilson : L’idée de base était d’écrire des histoires courtes surnaturelles dans un style sombre et gothique. J’ai pas mal lu de livres d’écrivains du 19ème siècle, du type d’Edgar Allan Poe, en me fixant pour objectif d’écrire mes propres histoires tout en m’inspirant de ces histoires. Ce que j’aime dans ce type d’histoires, c’est qu’elles traitent avant tout de la condition humaine, de leurs relations les uns aux autres et de leurs problèmes. L’aspect surnaturel ne vient qu’en deuxième position. Il y a donc deux lectures possibles sur cet album : celle qui parle des humains et de ce qu’ils peuvent ressentir, et celle plus romantique qui provient de ces histoires surnaturelles, au travers des fantômes qui symbolisent en fait la peur de la mort et l’immortalité.

Rock’nConcert : Comment as-tu rencontré Alan Parsons ?

Steven Wilson : Je souhaitais que cet album contienne des sons qui caractérisent les années 70. De mon point de vue, les albums des années 70 sont les meilleurs jamais produits. Je voulais capturer le feeling des albums de ces années-là. Je ne suis pas fan du son des albums plus modernes. Alan s’est retrouvé en haut de ma liste car je voulais quelqu’un qui ait travaillé à cette époque et qui ait de l’expérience. Quand je l’ai contacté, Alan savait heureusement qui j’étais, et il était libre à ce moment-là.

Rock’nConcert : Tu ne dois pas en être peu fier ! Il a quand même travaillé sur Dark Side Of The Moon.

Steven Wilson : Dont de nombreuses personnes disent que c’est le disque le mieux produit de tous les temps. C’est sûr, ce mec n’est pas un amateur. Et il a fait un travail fabuleux. J’en suis très fier.

Rock’nConcert : Parlons un peu de tes musiciens. Le groupe semble s’être stabilisé.

Steven Wilson : Oui, j’espère qu’ils me resteront fidèles. Le problème avec des musiciens de haut niveau est la crainte qu’on les qu’ils se fassent débauchér. Mais je ne pense pas qu’ils cherchent à faire le maximum d’argent, mais favorisent les groupes dans lesquels ils aiment jouer. Je vais essayer de garder ce groupe aussi longtemps que possible.

Rock’nConcert : Qu’ont-ils de si spécial à tes yeux ?

Steven Wilson : Très souvent, je vois ces musiciens comme des sportifs : j’ai l’impression qu’ils accomplissent un exploit sportif dès qu’ils jouent. C’est principalement le cas avec les guitaristes et les batteurs.

Rock’nConcert : Tu parles de musique metal ?

Steven Wilson : Pas seulement. Tu trouves cela également dans le jazz ainsi que dans la musique country. La différence avec les musiciens qui m’accompagnent est qu’ils savent faire cela, mais ils comprennent l’importance de savoir jouer une seule note quand il le faut. C’est le cas par exemple de Guthrie Govan (guitare). Je pense que c’est ce que ces gars veulent faire, et pas seulement jouer des choses techniquement compliquées.

Rock’nConcert : En te voyant sur scène l’année dernière, l’influence de Frank Zappa est indéniable. Il semble énormément t’influencer.

Steven Wilson : Frank Zappa est la personne dont je m’inspire le plus sans toutefois vouloir l’imiter. Il avait un nombre d’idées incroyables et s’est toujours entouré de musiciens meilleurs que lui, sans pour autant se sentir inférieur à eux. Car il savait que c’était lui qui apportait les idées et la créativité. Quelque part je me suis vu dans cette situation où j’aurais des musiciens de haut niveau à ma disposition pour qui je puisse écrire de la musique. Frank Zappa est donc un modèle du genre pour moi.

Rock’nConcert : Qu’est-ce qui t’as attiré vers des groupes comme Pink Floyd,  Yes, King Crimson ?

Steven Wilson : J’ai toujours aimé l’idée d’une musique qui te donne l’impression de partir en voyage. Et je n’ai pas trouvé cela dans la musique populaire, ni même chez des artistes comme David Bowie. Mais j’ai retrouvé ça dans la musique dite progressive. C’était l’idée que je me faisais de ma musique, le fait d’emmener les gens qui l’écoutent pour un voyage. J’écoutais surtout trois groupes : Pink Floyd, King Crimson et le groupe allemand Tangerine Dream. Ils sortaient tous des albums très cinématographiques. Il s’agissait pour moi de cinéma pour les oreilles. Et c’est à cette époque que j’ai su que je voulais faire cela.

Rock’nConcert : Tu remixes des rééditions d’albums de King Crimson et de Jethro Tull. S’agit-il d’une mission pour toi ?

Steven Wilson : Il y a deux raisons pour lesquelles je fais cela. D’une part, l’idée me plaît de faire découvrir cette musique à un public plus jeune, et ils sont nombreux à ne pas connaître King Crimson et Jethro Tull. D’autre part, c’est que  apprends énormément de choses : de la façon dont ces albums ont été créés par exemple, sur le processus de création, comment ils sont arrivés à créer certains sons. Le fait de voir les choses de l’intérieur m’a appris beaucoup de choses.

Rock’nConcert : En te voyant sur scène, j’ai été surpris de voir que tu étais pieds nus. Pour qu’elle raison ?

Steven Wilson : Il n’y en a pas vraiment, à part le fait qu’enfant je marchais énormément pieds nus. Je n’étais pas à l’aise dans des chaussures. Et quand je suis sur scène j’ai envie de me sentir le plus à l’aise possible.

Rock’nConcert : Merci pour cet entretien.

Photos et propos recueillis par Thorsten Wollek

Posted on by Thorsten in Interview, rock, rock/pop

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