Everything Everything : tout dans le style

Jonathan Higgs everything everything

Interview : Jonathan Higgs (Everything Everything)

Quelques heures avant leur concert à la Flèche d’Or à Paris, nous avons rencontré Jonathan Higgs, leader et chanteur du groupe Everything Everything. Avec la sortie de leur deuxième album studio Arc qui ne cesse de monter dans les charts européens, la parution prochaine d’un troisième single et une tournée très chargée, Higgs nous présente ce groupe qui, aux côtés d’autres poids lourds comme Alt-J et Django Django, fait partie de la nouvelle vague britannique.

Rock’N Concert : Vous êtes venus présenter votre premier album Man Alive ici même à la Flèche d’Or en mars 2011. C’était votre premier concert à Paris. Qu’est-ce que ça fait de revenir ici deux ans plus tard pour faire la promo de ce deuxième album Arc qui a déjà une sacrée cote ? Comment les choses ont-elles évolué ?

Jonathan Higgs : Beaucoup de choses ont changé depuis. On a complètement revu notre façon de jouer sur scène. Nous avons à présent un nouveau membre dans le groupe, un claviériste, ce qui nous a permis d’élargir les possibilités, surtout pour moi. Je n’ai plus à rester derrière le clavier. Il n’y a plus de barrière entre le public et moi. Je peux bouger, échanger avec la foule, m’appliquer à mieux chanter. C’est vraiment un tout nouveau monde, complètement différent. Avant c’était plutôt chaotique, du genre « je dois jouer tel et tel instrument ». Aujourd’hui, c’est plutôt « c’est cool : Pete est au clavier, je suis au micro», ce qui simplifie considérablement les choses.

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R’N C : Tous les membres portaient une sorte de tenue futuriste lors de ce concert à Paris à l’époque, non ?

J.H. : Non, c’étaient des bleus de travail. On les a changés depuis. On en changera à chaque album. On va dire que nous sommes une bande de travailleurs qui est promue. Ce sont des tenues réalisées par le designer William Richard Green. C’est un mec à Londres que nous avons rencontré, qui a fabriqué les premières tenues. Il a aussi créé celles que nous porterons ce soir. C’est assez amusant.

R’N C : Le look prend donc une part importante dans l’image et l’identité du groupe ?

J.H. : Plutôt oui. On voulait tous s’aligner sur la tenue, de façon à ce que nous n’ayons plus à penser aux fringues, à se prendre la tête en se disant « qu’est-ce l’autre à côté va porter ce soir ? Et lui, qu’est-ce qu’il va mettre ? ». On souhaitait vraiment ne plus se poser la question, et juste se dire qu’on portera tous une seule et même tenue, point. Du coup, les gens ne sont pas distraits par notre apparence. Ils voient qu’on porte tous la même chose, oublient les vêtements et se concentrent uniquement sur la musique. Et à mesure que le temps passe, chacun rajoute sa petite touche perso. Si je ne devais pas porter la même tenue que les autres, ce serait finalement un détail important et insignifiant à la fois.

R’N C : Cet album Arc cartonne au Royaume-Uni et s’exporte très bien en ce moment. Vous vous attendiez à un tel succès, si rapidement ?

J.H. : A vrai dire, nous ne nous attendions pas du tout à un tel engouement. Nous ne savions pas vraiment à quoi nous attendre. Le premier album était nominé pour le Mercury Prize, peut-être la meilleure chose qui puisse arriver à un groupe britannique… si ce n’est de le remporter évidemment (rires). Puis nous avons enregistré le second album sans attente particulière. Nous avons essayé d’ignorer les critiques. Certaines étaient bonnes, d’autres étaient mauvaises, nous on s’en foutait, aucun intérêt même si la plupart étaient flatteuses. Nous avons fait ce que nous pensions être le mieux. Nous avons touché le public à l’étranger, c’est génial. L’album est arrivé numéro cinq dans les charts britanniques la semaine de sa sortie, à côté de Calvin Harris et Rihanna. Incroyable !

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R’N C : Parmi vos influences, on peut citer Radiohead et Les Beatles, mais également des artistes R’n B comme R’Kelly ou les Destiny’s Child. C’est étonnant. Dans quelle mesure le R’n B a influencé cet album ? Au niveau du rythme ?

J.H. : Absolument, c’est réellement par rapport au rythme. Lorsque les gens entendent le mot « R’n B », ils pensent Destiny’s Child, Beyonce et se disent : « Qu’est-ce que ça viendrait faire là ? Ça ne colle pas du tout avec ce genre de groupe ». Au contraire, tout est une question de rythme. Les groupes de rock indie ont tendance à trop laisser la notion de rythme de côté. Ils ont leur tempo, leurs accords, leurs chansons, et ils oublient ce que les différents rythmes peuvent faire ressentir au public. Le rythme est le moteur de ces groupes de R’n B : c’est un rythme rapide, il y a le rythme des mots, et c’est ce que je trouve génial. Apporter ce style à un groupe de rock est super enrichissant.

R’N C : Ça signifie que Everything Everything joue vraiment de tout ? R’n B, pop, rock, electro ?

J.H. : Non, c’est une idée fausse que l’on se fait de nous. Nous ne faisons pas attention aux genres musicaux, à ce qu’on nous colle une étiquette. Les groupes ne devraient pas s’attacher à un genre en particulier. Je trouve ça dépassé.

R’N C : Et lorsqu’on vous dit que vous êtes un groupe de art Rock et de math rock, vous êtes d’accord avec ça ?

J.H. : Art rock peut-être, ça me convient tout-à-fait. Math rock, je ne sais pas. Mais c’est juste une invention des medias. Les genres sont tellement has been. Qu’est-ce ça veut dire « tiens, voici un nouveau groupe de metal » ? Nan, voici un nouveau groupe, tout simplement.

R’N C : Le deuxième single Kemosabe passe beaucoup en radio au Royaume-Uni. C’est vraiment l’un des titres phares de cet album. On peut d’abord penser que c’est une chanson joyeuse, sur laquelle on a envie de danser, et lorsqu’on lit les paroles, on s’aperçoit que ce n’est pas vraiment le cas. Comment est né ce morceau ?

J.H. Ça vient d’une série télé américaine, une série western avec des cowboys et des indiens qui s’appelle Lone Ranger (le Ranger solitaire). Ce sont les aventures de ce personnage, le Ranger solitaire, accompagné de son ami, un indien nommé Tonto. Ça m’a toujours étonné qu’on l’appelle le Ranger solitaire alors qu’il n’est jamais seul, il est avec son ami. Ils s’appellent constamment l’un l’autre « Kemosabe, Kemosabe », ce qui signifie « ami » dans la langue des indiens d’Amérique. Du coup, j’ai repris l’idée que l’on peut être avec quelqu’un tout en sentant très seul. Je m’en suis servi pour parler des relations lorsqu’on est en couple mais qu’on ressent une forme de solitude. C’est un thème assez triste, mais le morceau est joyeux et entraînant.

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R’N C : C’est donc une chanson triste ou joyeuse ?

J.H. : C’est ce qu’on pourrait qualifier de sad party (triste fête). Dans la pop, c’est le Saint Graal : avoir une chanson entraînante qui raconte une histoire triste. C’est ce qu’il se fait de mieux dans le genre. Par exemple, Dancing Queen de Abba : je trouve cette chanson tellement triste (Il fredonne) « You are the dancing queen, young and sweet, only seventeen » (Tu es la Reine de Promo, jeune et jolie, tu n’as que 17 ans). C’est très nostalgique, on repense aux meilleurs moments de sa jeunesse. Je me sens mélancolique quand j’entends cette chanson. Il y a beaucoup de chansons dans le même style. C’est le top Sad party. On appellera sûrement le troisième album Sad Party (rires)

R’N C : On peut lire dans plusieurs interview le nom du groupe à côté des Alt-J ou Django Django. Vous pensez faire partie de la nouvelle scène britannique, d’un nouveau courant ?

J.H. : On dirait bien. On verra ce qu’il se passera dans le courant de l’année. Mais c’est vrai qu’on entend le nom de ces deux groupes partout où nous allons, dans la plupart des interviews. C’est un fil conducteur pour les médias. On parle toujours des groupes de guitares qui disparaissent ou qui reviennent. Il y avait des groupes dans le même genre que le nôtre 10 ans en arrière/auparavant, et il reste toujours des groupes de rock traditionnels aujourd’hui. C’est l’attention des média qui a changé soudainement et qui s’attarde sur les groupes de style plus alternatif. Si on y pense, entendre le titre Cough Cough il y a 5 ans à la radio, il ne fallait même pas y penser. Et aujourd’hui, il figure dans le top 40.

R’N C : Tu as déclaré dans une interview à la BBC que tu trouvais Man Alive ennuyeux, que tu ne pouvais plus le réécouter.

J.H. : Oui, il ne faut pas rester coincé dans le passé. Je réécouterai Man Alive dans 20 ans, mais pas tout de suite. Je veux avancer, Je ne crois pas qu’il soit ennuyeux, mais nous avons exploré un style et nous voulons quelque chose de différent désormais.

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R’N C : Tu trouveras Arc ennuyeux dans 1 ou deux ans alors ?

J.H. : Mais j’espère bien, sinon on continue à ressortir les mêmes sons, encore et encore. Je veux aller de l’avant. Mes groupes préférés ont toujours su se renouveler, je ne veux pas m’engluer dans le même style.

R’N C : Sur la couverture de l’album Arc apparaissent les quatre visages des membres sur quatre photos. Deux singles sont déjà sortis, le troisième, Duet, paraîtra le 25 mars prochain. Chaque pochette de single représente un visage. Logiquement, on aura droit à un quatrième single ?

J.H. : Un quatrième, et même un cinquième, mais je ne veux pas m’emballer. J’ai envoyé aujourd’hui un email pour savoir si c’était bien le titre dont on a parlé qui allait être choisi pour le quatrième single, mais je n’ai aucune confirmation. Si ça se trouve, j’ai reçu la réponse depuis… mais je ne dirai rien.

R’N C : Tu as fait un truc inédit sur Twitter il y a quelques temps. Pour retrouver un de tes chats (Jonathan en a quatre), tu offrais la récompense d’un billet de concert gratuit à vie à toute personne qui te le ramènerait.

J.H. : Oui, je pensais qu’avec les milliers de gens qui vivent à Manchester, j’avais l’espoir de le retrouver. Malheureusement, on l’a retrouvé mort. Une fin tragique. Et comme peu de gens connaissaient la fin de l’histoire, ils se souciaient de savoir si je l’avais récupéré. Partout où j’allais, les fans s’empressaient de me le demander. L’autre jour sur scène, quelqu’un dans la foule a crié « Est-ce que t’as retrouvé ton chat ? ». Eh bien non…

R’N C : Vous utilisez donc pas mal Twitter et les réseaux sociaux ?

J.H. : Bien sûr. Notre label nous encourage à le faire, ils veulent qu’on interagisse avec les fans souvent. C’est très sympa, c’est une belle expérience de parler avec eux.

R’N C : Vous allez faire la tournée des festivals cet été, et des festivals anglais mythiques pour la plupart : Benicassim Festival, Isle of Wight Festival, T In The Park… Y-a-t-il déjà des dates prévues pour la France ?

J.H. : Nous devrions jouer dans des festivals en Europe, mais je ne sais en ce qui concerne la France. Je ne me tiens pas bien au courant. Mais il n’y a aucune raison qu’on ne vienne pas en France.

Propos recueillis par Romain Hemelka – Photographe Carsten Wilde

Photos Interview Jonathan Higgs (Everything Everything)a Paris

Posted on by Thorsten in Interview, pop, rock, rock/pop

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  1. Frauke

    Wow I just saw it on facebook … great pictures, and nice interview top top top rocknconcert!

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