Interview exclusive : Glenn Hughes

Interview exclusive de Glenn Hughes

Glenn Hughes, alias The Voice of Rock, est l’une des figures emblématiques du Rock. Très populaire avec son premier groupe Trapeze au début des années 70, il rejoint Deep Purple en tant que bassiste et chanteur aux côtés de David Coverdale et Richie Blackmore en 1973. En plus d’une carrière solo et de nombreuses collaborations (Black Sabbath, Joe Lynn Turner, Gary Moore), Glenn Hughes a fondé le supergroup Black Country Communion (BCC) il y a un peu plus de 2 ans avec ses compères Joe Bonamassa (guitares/chant), Jason Bonham (batterie, fils du batteur de Led Zeppelin) et Derek Sherinian (claviers, ex-Dream Theater). Le groupe vient de sortir son troisième album Afterglow. Récemment est également parue l’autobiographie de Glenn Hughes. Nous avons eu l’honneur de rencontrer Glenn Hughes à l’occasion d’un entretien dans un hôtel parisien.

Rock’nConcert : Glenn, tu as l’air très en forme. En lisant ton autobiographie, cela semble plutôt étonnant, non ?

Glenn Hughes : J’ai dû hériter de bons gènes de la part de mes parents ! J’aurais facilement pu mourir à plusieurs reprises avec la vie que j’ai menée. Je vis en compagnie d’une femme merveilleuse, je suis entouré d’animaux, d’amis, de bonne musique. Et  surtout, j’adore rire.

Rock’nConcert : L’album Afterglow paraîtra dans quelques jours. Pourquoi ne pas l’avoir appelé 3 pour faire suite aux deux précédents albums 1 et 2 ?

Glenn Hughes : Quand j’ai composé la chanson Afterglow, je n’en ai rien dit aux autres membres du groupe. De manière générale, ils ne découvrent les chansons que le jour de leur enregistrement. Je ne leur envoie pas de démo avant. Le dernier jour, alors que l’enregistrement était terminé, je leur ai montré la chanson Afterglow en leur expliquant que l’album s’appellerait également ainsi. Ils m’ont répondu qu’ils pensaient que l’album s’appellerait 3. Une fois l’écoute du morceau Afterglow terminé, ils ont tout à fait été d’accord avec moi. Afterglow est une chanson tout simplement fantastique.

Rock’nConcert : En quoi l’album Afterglow est-il différent de ses prédécesseurs ?

Glenn Hughes : La différence se situe principalement au niveau des paroles. Celles-ci sont plus personnelles et profondes que sur les précédents albums. Je les considère d’ailleurs comme les  meilleures paroles que j’ai jamais écrites. Je me suis enfermé pendant une semaine dans une pièce pour les écrire. Elles ont pour sujet l’impuissance, la peur, la joie, la liberté et la paix. Je suis extrêmement fier des chansons sur Afterglow.

Rock’nConcert : BCC est défini comme étant un supergroup (groupe rassemblant des musiciens qui sont déjà individuellement connus et qui se rassemblent souvent le temps d’un album). Comment expliques-tu la longévité de ce groupe en sachant que vous êtes tous très occupés de part et d’autre ?

Glenn Hughes : C’est Kevin Shirley (producteur) qui m’a convaincu de faire cet album, car je ne le souhaitais pas personnellement. A l’origine, j’avais l’intention de travailler sur l’un de mes projets solos en invitant d’autres artistes à se joindre à moi, comme l’a fait Slash (ex-Guns’n Roses). Je n’étais pas sûr de vouloir refaire un album avec BCC aussi rapidement. Nous avons enregistré 3 albums + un album live en deux ans et demi, ce qui est très dense.

Rock’nConcert : Est-ce difficile de vous rassembler tous les quatre, sachant que vous avez tous un emploi du temps très chargé ?

Glenn Hughes : Vous ne pouvez même pas imaginer. C’était fou ! Croyez-moi, c’est loin d’être simple. Nous devions passer deux semaines en studio, mais l’un de nous n’a pas souhaité y rester aussi longtemps. Nous l’avons donc enregistré en cinq jours, ce qui est vraiment très court pour un album d’une telle qualité. Et je ne souhaite plus enregistrer dans ces conditions.

Rock’nConcert : Considères-tu BCC comme un groupe de studio et plutôt dédié à la scène ?

Glenn Hughes : Je pense que BCC pourrait facilement être l’un des meilleurs groupes en live que l’histoire du rock ait connu. Mais  pour cela il faudrait que BCC tourne sans cesse. Ce groupe est phénoménal sur scène. Mais malheureusement nos emplois du temps ne nous permettent pas de nous concentrer sur BCC.

Rock’nConcert : Tu es le membre le plus expérimenté du groupe etl e plus âgé. Es-tu en quelque sorte le chef de file dans la prise de décisions ?

Glenn Hughes : Je n’aime pas trop le dire, mais je suis effectivement le boss du groupe. Je suis le compositeur du groupe et puis c’est moi qui suis en face de vous aujourd’hui. J’aime m’occuper de la promotion du groupe.

Rock’nConcert : Joe Bonamassa est avant tout un guitariste de blues.  Comment s’intègre-t-il dans le groupe ?

Glenn Hughes : Joe n’est pas une rockstar et ne tient pas à l’être. Il ne se sent pas spécialement à l’aise dans un groupe de rock. La seule chose qui l’intéresse est de jouer de la guitare. C’est un vrai bluesman dans son approche. C’est tout l’inverse de moi.  Cela fait 43 ans que je suis dans le rock business et que j’aime ça.

Rock’nConcert : Venons-en à ton autobiographie. Pourquoi l’avoir écrite aujourd’hui ?

Glenn Hughes : Il y a vingt ans un écrivain est venu vers moi pour me proposer d’écrire un livre sur moi. J’ai refusé à ce moment-là et lui ai dire de revenir vers moi vingt ans plus tard. Et c’est ce qui s’est passé. Et puis j’ai voulu attendre le bon moment pour sortir ce livre. Il faut savoir que tout ce que je raconte dans le livre est vrai. J’ai lu d’autres autobiographies truffées de mensonges. Je prévois déjà d’écrire d’autres livres. Ils ne parleront pas de moi, mais de la vie en général.

Rock’nConcert : Tu as travaillé avec de très nombreux musiciens. Y a-t-il encore un projet qui te tient à cœur et que tu souhaiterais se voir réaliser ?

Glenn Hughes : Je vais vous confier quelque chose. Je suis en train de bâtir un nouveau groupe.  Je ne peux malheureusement pas en dire plus pour l’instant. Je pense que ce projet fera partie des meilleures choses que j’ai pu faire dans ma carrière musicale.

Rock’nConcert : Nous avons été très choqués par la mort de Gary Moore. Tu le connaissais bien ?

Glenn Hughes :J’ai très bien connu Gary Moore, car il a été mon meilleur ami de 1979 à 1984. Il a même habité chez moi un certain temps. Il faut savoir qu’il a quitté Thin Lizzy en plein tournée en 1979. Et figurez-vous que Phil Lynott m’a appelé (imitant la voix de Phil Lynott, chanteur de Thin Lizzy) « Je sais qu’il est fourré chez toi. Si je passe chez toi et que je le trouve, je te tranche la gorge ». J’ai menti en disant qu’il ne l’était pas. Heureusement qu’il n’est jamais passé voir (rires)!

On a collaboré ensemble sur son album Run For Cover, paru en 1985. Puis je l’ai laissé tomber. Il faut savoir que je n’étais pas le même type à l’époque à cause des drogues. Il m’en a voulu et a fini par dire des méchancetés sur moi dans la presse. On s’est finalement réconciliés quelques années avant sa mort.

Rock’nConcert : Lequel tes albums solos préfères-tu ?

Glenn Hughes : J’aime vraiment beaucoup Soulmover (2005). Il représente pour moi le retour du vrai Glenn Hughes. Il comprend autant de funk que de rock et contient tous les ingrédients qui me correspondent.  C’est un album dont je suis vraiment fier.

Je lui montre la pochette de « The Way It Is »(1999), mon album préféré de Glenn Hughes…

Glenn Hughes : C’est également un très bel album. Pour la petite histoire, j’ai écrit la chanson The Way It Is suite à ma rupture avec une jeune suédoise après trois années de vie commune. Et cela m’a vraiment brisé le cœur. Elle avait 20 ans de moins que moi, donc j’ai senti la chose venir. Il s’agit d’une chanson d’amour.

Rock’nConcert : Que peut-on te souhaiter ?

Glenn Hughes : De l’amour, de la joie, la paix… mais souhaitez-moi la santé avant tout. C’est en effet ce dont j’ai le plus besoin, car de nombreux êtres proches sont partis ces derniers temps…

Rock’nConcert : Sex, drugs ou rock’n’roll ?

Glenn Hughes : Sans hésiter le rock’n’roll ! Le sexe n’est plus aussi important (rires).

Rock’nConcert : Que souhaites-tu dire à nos internautes français ?

Glenn Hughes : Je vous aime (rires) et j’adore la France. C’est pour moi le plus beau pays au monde. Je suis venu la première fois en 1970 pour un concert à l’Olympia accompagné de mon groupe Trapeze. Nous partagions l’affiche avec The Moody Blues et Yes. C’est à cette occasion que j’ai rencontré Jon Anderson, le chanteur de Yes, pour la première fois, et voilà ce qu’il m’a dit : « J’aimerais que mon bassiste sache chanter aussi bien que toi » (rires) !

Rock’nConcert : Glenn, nous te remercions pour cet entretien.

Entretien mené par Thorsten Wollek.

Posted on by Thorsten in Interview

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