Interview : Andy Powell (Wishbone Ash)

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Interview de Andy Powell

De passage très régulièrement au New Morning, Wishbone Ash fait honneur à son public parisien en jouant l’intégralité de son album Argus, sorti il y a 40 ans ! Mené par Andy Powell depuis deux décennies suite au départ des autres membres d’origine de Wishbone Ash, Andy Powell continue à faire vivre l’héritage de ce qui fut l’un des plus importants groupes des années 70.A l’issue des balances, Andy Powell nous a accordé une interview dans la loge du New Morning, qui affiche complet ce soir-là. Nous en avons bien évidemment profité pour poser quelques questions au sujet de l’album Argus.

Rock’nConcert : Andy, la formation actuelle de Wishbone Ash semble bien fonctionner. Comment expliques-tu cela ? 

Andy Powell : Le groupe est en effet très stable. Le fait que nous ayons composé le dernier album tous ensemble y a en large partie contribué. Chacun des membres a été impliqué autant dans le processus d’écriture que dans la production. On peut voir cela dans le documentaire qui retrace tout l’enregistrement de notre dernier album Elegant Stealth.

Rock’nConcert : Comment les twin guitars sont-elles nées ?

Andy Powell : Plus jeune je jouais dans différents groupes au nord de Londres, on les appelait des souls bands. J’y jouais en tant que guitariste d’accompagnement. On jouait de la stax et de la Motown. J’ai pris à ce moment-là l’habitude de  m’accorder par rapport aux joueurs de cornes, très présents sur ce style de musique. Cela m’a énormément facilité le travail sur les harmonies avec Wishbone Ash. La première chanson que nous avons écrite était Blind Eye, dont certains passages s’inspirent de ce style de musique. Ce morceau a été d’une grande inspiration pour moi dans le développement de ce style à la guitare.

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Rock’nConcert : Que t’inspire l’album Argus ?

Andy Powell : Il s’agit de l’album le plus important de notre carrière. Il nous a ouvert les portes dans de nombreux pays dans le monde. Il s’agit également de l’un des premiers concepts albums, sans que nous y ayons spécialement pensé lors de son écriture. Je pense qu’il a inspiré de nombreux groupes.

Rock’nConcert : Je n’ai pas trouvé mention d’une éventuelle tournée pour fêter les 40 ans d’Argus. Pourquoi avoir choisi Paris pour une date unique ?

Andy Powell : Nous avons joué Argus en entier une fois il y a quelques années pour un album live (Then again Live), il nous arrive donc rarement de le jouer dans son intégralité. Il semble que nous ayons pris la bonne décision de remettre ça à Paris car le concert affiche complet ce soir. Il est possible que nous décidions de faire une tournée sur le même concept l’année prochaine, même si l’album aura 41 ans l’année prochaine !

Rock’nConcert : Qu’est-ce qui a fait d’Argus un album aussi particulier ?

Andy Powell : A l’époque de l’enregistrement d’Argus, nous commencions à jouer dans des salles plus grandes, notamment aux Etats-Unis. Comme notre musique était plus pensée pour les clubs et un peu trop complexe, il nous fallait un son adapté à de plus grandes salles de concert. Nous avons donc simplifié notre style, comme on peut le constater sur des titres comme Throw Down The Sword et Warrior. Et puis nous évoluions en tant que compositeurs. Nous devenions plus sûrs de nous. Je dirais donc que ces deux éléments, plus l’identité du groupe, qui devenait plus forte, ont contribué à son succès.

Rock’nConcert : Sentiez-vous lors de l’enregistrement que l’album ferait date dans la carrière du groupe ?

Andy Powell : Absolument ! On a composé les titres à la guitare acoustique et pouvions déjà sentir leur potentiel à ce moment-là. Les guitares étaient davantage mis en avant qu’auparavant. On a également eu le soutien de la presse anglaise à ce moment-là. Tous les paramètres étaient en place pour garantir notre succès. C’était une belle époque.

Rock’nConcert : Où Argus a-t-il été enregistré ?

Andy Powell : A Londres dans un studio qui s’appelle De Lane Lea. L’ingénieur du son était Martin Birch, qui a également travaillé avec Iron Maiden, Deep Purple.

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Rock’nConcert : Que peux-tu nous dire au sujet de la pochette d’Argus ?

Andy Powell : La pochette s’inspire probablement de la chanson Warrior. La pochette a été conçue par Hipgnosis (nom d’un collectif de graphisme britannique), qui est également à l’origine de pochettes d’albums de Led Zeppelin et de Pink Floyd. La photo a été prise dans le sud de la France. Notre batteur de l’époque, Steve Upton, a eu l’idée du titre de l’album. Argus vient en fait du grec et signifie «  gardien ». Différents éléments expliquent donc cette pochette. D’ailleurs, le costume qui apparaît sur la pochette avait servi également dans le film Les Diables de Ken Russell.

Rock’nConcert : Argus est-il ton album préféré de Wishbone Ash ?

Andy Powell : J’en suis bien évidemment très fier. Il y a des chansons sur Argus que j’aime profondément, dont Sometime World. Mais je suis également très attaché à nos albums plus récents, dont le dernier, Elegant Stealth. Mais Argus tient évidemment une place particulière dans notre discographie. C’est notre classique, comme peut l’être Dark Side Of The Moon pour Pink Floyd ou Machine Head pour Deep Purple.

Rock’nConcert : Argus a été catalogué comme étant un album de « progressive rock ». Es-tu d’accord avec cela ?

Andy Powell : Pas spécialement. Les gens aiment mettre des étiquettes sur les groupes, ce qui est difficile avec les groupes des seventies qui étaient plus éclectiques. Dans notre cas, on mélangeait des éléments jazz, folks et blues. Si je devais définir le style, je dirais qu’Argus sonne très anglais.

Rock’nConcert : D’autres groupes ont produits des enregistrements live qui ont date dans l’histoire du rock, je pense notamment à Thin Lizzy avec Live & Dangerous. Aurais-tu souhaité que Live Dates (sorti en 1973) atteigne le même statut ?

Andy Powell : Figure-toi que Live Dates s’est plus vendu qu’Argus ! Je pense tout simplement qu’il est sorti trop tôt, car des live comme Live & Dangerous ou Peter Frampton comes alive sont parus quelques années plus tard.

Rock’nConcert : Tu sembles proche des groupes irlandais. On t’a vu il y a quelques années lors d’une soirée rassemblant divers groupes irlandais, dont Taste et Pat Mc Manus.

Andy Powell : Oui, cela a démarré avec le groupe Thin Lizzy, qui a d’ailleurs été inspiré par Wishbone Ash. On a été le premier groupe que Thin Lizzy a vu en concert quand ils ont débarqué à Londres la première fois. C’est à ce moment-là qu’Eric Bell aurait dit à Phil Lynott qu’ils devaient absolument reprendre le son des guitares jumelles. A la suite, dans les années 80, Wishbone Ash a tourné avec le groupe Mama’s Boys, dans lequel jouait Pat Mc Manus. J’ai fait une tournée avec Pat Mc Manus en Irlande il y a quelques années et il est devenu un ami depuis. Il nous a même offert un titre pour que nous puissions l’utiliser sur notre dernier album, alors que nous utilisons que rarement des chansons d’autres auteurs.

Rock’nConcert : Quels sont les projets en 2013 ?

Andy Powell : Nous allons principalement passer notre temps sur les routes. Nous avons des dates en Allemagne, en Suisse et en Hollande en début d’année. Je vais recommencer l’écriture d’un nouvel album pour Wishbone Ash. J’ai également quelques idées pour un projet solo avec mon fils.

Rock’nConcert : Andy, nous te remercions pour cet entretien

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Propos recueillis par Thorsten Wollek – Photos Carsten Wilde

Posted on by Thorsten in Interview

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